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Le régime alimentaire d’un père pourrait affecter la santé de ses futures filles

Publié le 18 janvier 2011, par Véronique Jeannon

Une étude australienne, publiée dans la revue Nature, montre qu’un rat femelle pourrait présenter des troubles du métabolisme du glucose à l’âge adulte, dû au régime alimentaire trop gras de son père avant sa conception.

Selon les lois de la génétique, il n’y a pas de transmission des caractères acquis entre parents et enfants. Les maladies acquises au cours de la vie ne peuvent donc se transmettre à la descendance. Il est bien établi que la santé de la mère ne peut influencer celle de sa progéniture que sous la forme de transfert d’un virus ou d’une toxine par le placenta ou le lait maternel, d’une carence alimentaire lors de la grossesse, etc. Par contre, la transmission d’un problème de santé du père vers les générations futures n’a jamais été montrée en dehors d’une transmission génétique.

Les chercheurs australiens nourrissent des rats mâles avec un régime riche en graisse pendant 9 semaines. Comme attendu, ces rats deviennent obèses et développent une résistance à l’insuline et une anomalie de la tolérance au glucose, étape précédant un diabète de type 2. Ces rats obèses sont accouplés avec des femelles nourries normalement. Dans un groupe contrôle, des rats mâles et femelles nourris normalement sont également accouplés.

On constate que les rats femelles, issus des couples dont le père est obèse, présentent des anomalies glucidiques à l’âge adulte (intolérance au glucose et trouble de la sécrétion d’insuline) que n’ont pas les rats issus des couples nourris normalement.
Les chercheurs constatent également que plus de 640 gènes de leur pancréas ont une expression anormale sans mutation.

Les mécanismes de ces altérations chez la descendance sembleraient impliquer des modifications épigénétiques épigénétiques Modifications de la chromatine d’origine maternelle ou paternelle qui peuvent être réversibles et qui affectent l’expression des gènes des descendants de l’ADN du sperme des géniteurs. Ces modifications, provoquées par des événements environnementaux, ici, le régime alimentaire riche en graisse, ne concernent pas la structure des gènes elle-même, mais les portions d’ADN proches de celle des gènes et qui régulent leur expression.

Cette étude montre pour la première fois une transmission non génétique, transgénérationnelle, de séquelles métaboliques liées à un régime alimentaire d’un père à sa fille.
Ce travail suscite déjà des réactions chez les lecteurs de Nature, et si ces résultats sont confirmés chez l’animal puis chez l’homme, cela impliquera des changements dans la façon de comprendre le diabète, en voie de devenir une pandémie dans les pays industrialisés. Mais attendons cette confirmation avant de culpabiliser les futurs pères qui ont de l’embonpoint !


Source

  • Ng, S.F.,Lin, C.Y., Laybutt, D. R., et al. Chronic high-fat diet in fathers programs β-cell dysfunction in female rat offspring. Nature, 2010, Vol. 467, n°7318, p. 963-966.

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