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Rôle du rapport oméga 6 / oméga 3 dans la prévention des maladies cardiovasculaires et métaboliques

Publié le 24 janvier 2011, par Bernard Schmitt

L’obésité, le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires (MCV) ischémiques sont devenus en quelques décennies un problème de santé publique majeur. Il existe un consensus pour incriminer l’évolution de notre modèle alimentaire dans la genèse de ces pathologies : excès calorique, diminution des féculents et des fibres au profit de glucides à fort index glycémique et surtout excès de graisses d’origine animale et de viandes. La responsabilité de ce type d’alimentation s’est imposée désormais comme un paradigme médical, conduisant à préconiser leur réduction drastique tout en favorisant parallèlement les matières grasses d’origine végétale.

L’analyse de la consommation de lipides durant les quarante dernières années tempère néanmoins ce postulat. Si elle montre effectivement une augmentation globale de la consommation lipidique (de 75 à 104 g/j), la part des graisses d’origine animale reste quasiment stable sauf pour les fromages (+ 5 %). À l’inverse, la consommation des huiles végétales et des margarines (de 19 à 37g/j) a explosé, suivant en cela les recommandations diététiques actuelles.

Or, malgré ces changements importants, ces pathologies n’ont cessé d’augmenter. Il apparait donc que ces mesures correctives ne répondent que partiellement au problème.

L’analyse qualitative des graisses et des huiles végétales consommées apporte cependant un éclairage nouveau. Ce sont essentiellement des huiles de tournesol, riches en oméga 6 comme l’acide linoléique (LA) et des huiles de palme, riches en acides gras saturés. Parallèlement, l’alimentation des animaux d’élevage se caractérise par l’emploi massif de maïs et de soja Soja Glycine max : légumineuse oléoprotéagineuse dont la composition nutritionnelle en matières azotées est l’une des plus riches et des plus complètes. , deux graines très riches elles aussi en LA. Lorsque l’on agrège les données quantitatives et qualitatives des corps gras alimentaires, on constate une augmentation très importante du rapport LA oméga 6 / ALA oméga 3 qui passe de 5 en 1960 à 23 en 2000 alors que le rapport oméga 6 totaux / oméga 3 totaux passe de 4 à 12 sur la même période. Ce déséquilibre croissant entre oméga 6 et oméga 3 est essentiellement lié à l’évolution des modes de production agricole développés au lendemain de la dernière guerre mondiale et relayés par le développement des technologies agroalimentaires modernes.

L’objectif de cette étude est de tester la pertinence du critère « valeur du rapport oméga 6 / oméga 3 » par rapport au critère « sources animales / sources végétales » des matières grasses (MG) comme facteur déterminant de prévention des maladies cardiovasculaires et métaboliques.

Nous avons comparé, chez 160 volontaires obèses, les conséquences de deux régimes isocaloriques et isolipidiques sur le poids et les paramètres lipidiques au cours de deux périodes successives : 90 jours de régime contrôlé (2 000 kcal / j) suivis de 150 jours de retour à un régime libre. La consommation de poissons était interdite afin de supprimer d’autres sources d’oméga 3 que celles de la viande.

  • Le second régime (B) correspond à une alimentation contemporaine type INCA 2 INCA 2 Etude individuelle Nationale sur les Consommations Alimentaires 2006-2007 et aux préconisations de santé publique. Il est composé d’aliments standards, riches en matière grasse d’origine végétale (60 % des AG totaux), associés à un taux d’AG saturés bas (24,3 %), mais présentant un rapport oméga 6 /oméga 3 élevé à 18, caractéristique de notre alimentation actuelle.

Les résultats obtenus sont les suivants :

  • la nature et la teneur des acides gras des phospholipides membranaires (dosés au niveau des érythrocytes) sont corrélées à la composition des AG alimentaires. Durant la période J0-J90, on constate :
    —  régime A : une augmentation significative des oméga 3 totaux (+12,8 %) et une diminution des oméga 6 totaux (-13 %) ;
    —  régime B : une diminution des oméga 3 totaux (-13 %) et une augmentation significative des oméga 6 totaux (+ 2,75 %).

Rappelons qu’un taux élevé en oméga 3 plasmatique et tissulaire est reconnu comme un facteur déterminant de la prévention des MCV.

  • concernant l’évolution du poids, durant la 1re période, les deux groupes ont perdu du poids de façon équivalente (régime A : - 2,9 kg, régime B : -3,5 kg). Durant la 2e période, on constate une reprise du poids dans le groupe ayant suivi le régime B (+ 2,7 kg) contrastant avec le maintien de l’amaigrissement dans le groupe ayant suivi le régime A (+ 0,2 kg). Au total, les obèses soumis à une alimentation enrichie en oméga 3 ne reprennent pas de poids 5 mois après un retour à une alimentation libre, à l’inverse des obèses soumis initialement à une alimentation de type « standard ». Cet effet rémanent s’explique par la modification de facteurs de l’adipogenèse et de la lipogenèse régulées par le rapport oméga 6/ oméga 3 bas.
  • quant à l’évolution des paramètres lipidiques entre J0 et J90, on n’observe aucune différence entre les régimes A et B sur les taux de cholestérol total, du LDL-Cholestérol, du HDL-Cholestérol et des triglycérides.

En conclusion

Le régime BBC® BBC® Filière reposant sur l’amélioration de la chaine alimentaire par enrichissement de l’alimentation du bétail destiné à la consommation humaine. , riche en oméga 3, n’a pas d’effet délétère sur les facteurs de l’athérogénèse, malgré l’élévation du taux d’acides gras saturés, du rapport AGS /AGPI et des graisses d’origine animale. Ceci suggère que ces critères sont moins déterminants sur les facteurs de risque cardiovasculaire que le rapport oméga 6/ oméga 3 dont la diminution exerce un effet protecteur. Le régime standard a un rôle potentiellement néfaste et ne couvre pas tous les besoins. L’abaissement du rapport oméga 6 /oméga 3 a un effet potentiellement correctif et préventif chez l’obèse et le diabétique. Ces résultats devraient être pris en compte dans le cadre de la révision des préconisations de santé publique et des mesures nutritionnelles préventives.

Les oméga 3 et les oméga 6 sont classés parmi les acides gras essentiels, car l’organisme humain en a besoin mais ne peut pas les synthétiser. Il doit donc les puiser dans son alimentation soit directement sous forme d’huiles végétales qui en contiennent, soit indirectement en mangeant des produits d’animaux qui en ont consommé.

Les oméga 3 sont des acides gras polyinsaturés (AGPI), d’origine végétale, mais indispensables à l’homme qui doit donc les puiser dans son alimentation, soit directement en consommant certaines huiles ou graines oléagineuses (les plus riches sont les graines de lin, la noix et le colza) ou indirectement en consommant des animaux eux-mêmes nourris avec des oméga 3 (poissons gras à partir du plancton et filière BBC® BBC® Filière reposant sur l’amélioration de la chaine alimentaire par enrichissement de l’alimentation du bétail destiné à la consommation humaine. ).

Les principaux acides gras du groupe oméga 3 sont :

  • l’acide alpha-linolénique (ALA), précurseur des autres oméga 3
  • l’acide éicosapentaénoïque (EPA), précurseur des prostaglandines et thromboxanes de type 3
  • l’acide docosahexaénoïque (DHA), qui joue un rôle essentiel sur le plan cérébral et cardiovasculaire.

L’acide éicosapentaénoïque peut être synthétisé par l’organisme humain à partir de l’acide alpha-linolénique, avec un taux de conversion de 30%. Par contre la conversion en acide docosahexaénoïque est négligeable, ce qui implique un apport alimentaire indispensable.

Les oméga 6 sont des acides gras polyinsaturés que l’on trouve dans la plupart des huiles végétales, graines et céréales.

Les principaux acides gras du groupe oméga 6 sont :

  • l’acide linoléique, précurseur des autres acides gras oméga 6
  • l’acide dihomo-gamma-linolénique
  • l’acide arachidonique, précurseur des prostaglandines et thromboxanes de type 2

http://www.anses.fr/index.htm


Source

  • Schmitt, B., Legrand, P., Weill, P., Mourot, J., Chauveau, P., Kerhoas, N., Pertinence de la baisse du rapport oméga 6/ oméga 3 en prévention des maladies cardio-vasculaires et métaboliques. Communication affichée aux 8es journées francophones de nutrition, Lille, 8-10 décembre 2010.

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