Devons-nous continuer à manger du plastique ?

Publié le 21 avril 2011, par Véronique Jeannon

Nous pouvons réduire de façon significative notre exposition aux polluants des emballages alimentaires en consommant des aliments non emballés dans du plastique ou des boîtes de conserve.

Le bisphénol A et les phtalates sont des produits chimiques de synthèse. Ils entrent dans la composition des plastiques et résines utilisés dans les emballages alimentaires. Ces molécules ont des structures proches des hormones des mammifères et en imitant ou empêchant l’action des hormones naturelles, elles perturbent les fonctions endocrines. Des études, réalisées chez l’animal comme chez l’homme, ont montré que ces perturbateurs endocriniens peuvent altérer le développement fœtal et jouer un rôle dans des maladies telles que les cancers, la stérilité ou l’obésité.

Dispersés dans l’environnement depuis plusieurs décennies, ces polluants contaminent l’homme par inhalation, par contact ou par ingestion. La population des pays industrialisés est massivement touchée. On retrouve par exemple du bisphénol A dans 90 % des échantillons d’urine prélevés chez des adultes américains. Une meilleure information sur l’origine de ces toxiques permettrait de mieux les éviter.

Pour évaluer la contribution des emballages alimentaires comme source de polluants, une équipe de recherche américaine a réalisé une étude sur ce sujet, publiée dans la revue Environmental health perspective.

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Bouteilles en plastique
Crédit photo : VTT Aventure Piolenc. Certains droits réservés : licence Creative Commons

Cinq familles (composées, chacune, de deux adultes et deux enfants de 3 à 11 ans) ont été sélectionnées dans la région de San Francisco, sur la base de leurs habitudes alimentaires. Ces personnes consomment régulièrement des plats préparés, réchauffés au four à micro-ondes, de l’eau et des sodas en bouteilles plastiques, des aliments emballés dans du plastique ou en boîtes de conserve (dont l’intérieur est tapissé de résine).
Au début de l’étude, les participants mangent « normalement » (selon leurs habitudes).
Puis pendant 3 jours, ils ne consomment que des aliments frais : fruits, légumes, céréales et viandes presque exclusivement issus de l’agriculture biologique, cuisinés ou emballés dans des récipients ne contenant pas de plastique.
Ensuite, ils ont de nouveau une alimentation « normale ».
Leurs urines sont collectées pendant l’expérience qui dure 8 jours :

  • 2 jours avant la « phase aliments frais, sans emballage »,
  • les 2 derniers jours de la phase « sans emballage »,
  • les 2 derniers jours de la phase « retour à la normale ».

Les bisphénols A, les phtalates et leurs métabolites y sont dosés.

Les résultats montrent une diminution de 66 % du bisphénol A et de 53 à 56 % des métabolites des phtalates dans les urines des participants pendant les 2 derniers jours de la période « sans emballage ».
Lors du retour à l’alimentation normale, les taux de bisphénol A reviennent approximativement à leur niveau du début de l’expérience tandis que les taux de phtalates sont légèrement augmentés.
Bien que le nombre de personnes participant à cette étude soit limité, et qu’elle soit réalisée sur une courte durée, les auteurs montrent que les emballages alimentaires sont une source importante de bisphénols A et de phtalates et qu’il est possible de diminuer facilement l’exposition à ces toxiques en éliminant les aliments emballés dans du plastique ou des résines.


Source

  • RUDEL, R., GRAY, J., ENGEL, C., et al. Food packaging and bisphenol A and Bis(2-Ethylhexyl) phthalate exposure : findings from a dietary intervention. Environmental Health perspectives, publié en ligne le 30 Mars 2011. doi:10.1289/ehp.1003170

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