Quand écologie rime avec agronomie

Publié le 4 mai 2011, par Dominique Vachez

L’agroécologie permettrait un doublement de la production alimentaire en une décennie pour les pays en développement. C’est ce que conclut le dernier rapport présenté par le Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation (Haut-Commissariat aux droits de l’homme, ONU, 2011), en se basant sur un ensemble d’études scientifiques récentes.

Il recommande la réalisation de programmes agroécologiques susceptibles d’accroître et de maintenir une production agricole durable, sans en passer par les techniques d’agriculture conventionnelle, coûteuses en moyens de production et en intrants non renouvelables [1].

L’agroécologie est à la fois une discipline scientifique (écologie agricole) et un système de production intégrée (on parle aussi d’agriculture écologique ou d’écoagriculture) fondé sur des pratiques agricoles durables et une gestion environnementale préservant les services écosystémiques.

Les projets agroécologiques permettraient, sans déforestation supplémentaire, de privilégier la diversification des cultures, l’agroforesterie Agroforesterie Association de la culture de plantes herbacées (vivrières ou fourragères) et ligneuses (arbres et arbustes). ou l’aquaculture, tout en assurant la séquestration Séquestration Immobilisation dans le sol ou dans la biomasse de macroéléments tels que le carbone ou l’azote, susceptibles de contribuer à l’émission de gaz à effet de serre. du carbone et la conservation des sols, et sans entraîner les pollutions liées à l’agriculture de type industriel.

Dans ce cadre, le rôle de soutien des États et des ONG ONG Organisation non gouvernementale demeure primordial pour inciter à la vulgarisation agricole auprès des organisations paysannes (fermes-écoles), à la recherche participative avec les populations locales ou au maintien des prix à la production.

La notion d’intensification écologique [2] a été mise en exergue en 2009 par l’INRA INRA Institut national de la recherche agronomique et le CIRAD CIRAD Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (au sein de l’IFRAI Initiative Française pour la Recherche Agronomique Internationale) dans le rapport Agrimonde qui constitue une réflexion prospective sur l’état de l’agriculture et de l’alimentation dans le monde à l’horizon 2050. Les différents scénarios élaborés s’inspirent eux-mêmes des travaux de l’IAASTD IAASTD International Assessment of Agricultural Knowledge, Science & Technology for Development et des Objectifs du Millénaire pour le développement Objectifs du Millénaire pour le développement Série de huit objectifs que les États membres de l’ONU, réunis lors du Sommet du millénaire en 2000, ont convenu d’atteindre d’ici 2015. , et sont en lien avec la biodiversité agricole.

L’IAASTD ou EICSTAD (Évaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement) est une initiative intergouvernementale et pluridisciplinaire composée de 30 États et de représentants de la société civile. Le rapport d’expertise qui en a résulté (2008) était destiné à répondre à 3 objectifs :
  • réduction de la faim et la pauvreté,
  • amélioration des moyens de subsistance des ruraux et de la santé humaine,
  • développement équitable et socialement, écologiquement et économiquement rationnel.

Les différentes voies d’écologisation de l’agriculture ont été abordées lors de plusieurs colloques organisés en France :


La Conférence internationale sur l’agriculture biologique et la sécurité alimentaire, organisée par la FAO FAO Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Food and Agriculture Organization) en 2007, avait déjà constaté l’inadéquation entre les politiques agricoles et la disponibilité alimentaire globale. Elle avait préconisé une intensification durable de la production agricole par le biais de pratiques biologiques permettant d’augmenter les rendements de 56 pour cent dans les pays en développement.

Les techniques d’agrobiologie permettent en effet d’améliorer, en quantité et en qualité, l’approvisionnement alimentaire des populations pauvres en milieu rural ou périurbain, où la main d’œuvre est abondante, mais qui ne disposent ni des moyens mécaniques, ni des apports d’intrants extérieurs nécessaires aux exploitations conventionnelles.

Dans une prospective à l’horizon 2020, l’INRA INRA Institut national de la recherche agronomique appelait également dès 2003 à une refondation de l’agronomie au service du développement durable, en s’appuyant sur une ingénierie écologique.

Le concept d’intensification durable de l’agriculture en Afrique a fait l’objet d’un numéro spécial de la revue International journal of agricultural sustainability (2011) qui reprend les résultats d’une quarantaine de projets menés dans 20 pays africains et qui concerne 10 millions d’agriculteurs et éleveurs pendant les deux dernières décennies.
Ceci est d’autant plus crucial que le continent africain reste le seul où la production alimentaire par habitant a globalement régressé au cours du temps (principalement dans les parties centrale, australe et orientale de l’Afrique) pour ne revenir à présent qu’à son niveau de 1960. [3]

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Evolution de la production agricole alimentaire dans le monde depuis 1961 (production nette par habitant)
Source : UK Government Office for Science, 2011. Open Government Licence

Parmi les innovations à apporter, figurent le développement des technologies de l’information et de la communication, de l’éducation féminine ou du microcrédit en milieu rural, ainsi que l’implication des ONG ONG Organisation non gouvernementale et des secteurs public et privé de ces pays. Le renforcement de l’infrastructure sociale fait partie des priorités (réseaux de petits exploitants, partenariats, autonomisation des femmes, marchés équitables…).

Les bénéfices attendus de l’agroécologie se situent à plusieurs niveaux :


Un Programme de gestion intégrée de la production et des déprédateurs en Afrique de l’Ouest a été mis en place dans 4 pays : Bénin, Burkina Faso, Mali et Sénégal ; il prévoit de s’étendre en Guinée, en Mauritanie et au Niger. Cette action, coordonnée par la FAO FAO Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Food and Agriculture Organization) depuis 2001, s’appuie sur un modèle d’écoles pratiques d’agriculture de terrain (fermes-écoles) ayant pour but une réduction des risques pour la santé et pour l’environnement. Il concerne les cultures vivrières mais aussi le coton. Des programmes similaires sont actuellement suivis en Asie et au Proche-Orient.


La population mondiale devrait atteindre 9 milliards de personnes en 2050, l’accroissement démographique ayant lieu essentiellement dans les pays pauvres ou émergents qui sont les plus menacés par la problématique de la faim et la malnutrition Malnutrition Apport non équilibré de nutriments dans l’alimentation. . L’adoption de méthodes agroécologiques alternatives doit contribuer à réaliser leur droit fondamental à l’alimentation, sans compromettre la qualité et la viabilité de leur environnement, déjà fragilisé par les changements climatiques.

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU appelle donc le Comité de la sécurité alimentaire Sécurité alimentaire Disponibilité de produits alimentaires en quantité suffisante pour assurer l’approvisionnement d’une population et subvenir à ses besoins nutritionnels. mondiale (FAO FAO Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Food and Agriculture Organization) ) à examiner le potentiel de l’agroécologie en vue d’améliorer les systèmes alimentaires des petits agriculteurs des régions vulnérables, et en impliquant les chercheurs du Groupe consultatif sur la recherche agricole internationale (CGIAR) et du Forum mondial de la recherche agricole (GFAR).


Sources

  • PRETTY, Jules, TOULMIN, Camilla, WILLIAMS, Stella. Sustainable intensification in African agriculture. International journal of agricultural sustainability, 2011, vol.9, n°1, p.5-24.

[1] Il s’agit d’intrants extérieurs tels que : semences importées ou brevetées, engrais chimiques, pesticides de synthèse, carburants fossiles…

[2] L’intensification écologique de l’agriculture (ou agriculture écologiquement intensive) est un système de production durable, plus économe en intrants et moins nocif pour le milieu naturel. La hausse de la production agricole y est obtenue en s’appuyant sur les processus et les fonctionnalités écologiques qui permettent de lutter contre les bioagresseurs, de réduire les nuisances, de mieux valoriser les ressources rares, comme l’eau, ou encore d’améliorer les services environnementaux.

[3] Dans le même temps, l’Amérique latine et l’Asie ont respectivement enregistré des progressions de 60 % et 100 % (doublement) de la production d’aliments par personne.


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