Art et repas, opus 2 : repas biblique, repas mythique et repas de cour

Publié le 5 août 2011, par Caroline Riberaigua

En flânant dans le département des peintures du Musée du Louvre, au fil du parcours sur « les arts de la table » proposé par la Direction des publics du musée, on croise les représentations de festins fabuleux, qui racontent des histoires, des faits culturels, des pratiques gastronomiques et portent également un ou plusieurs messages symboliques. La représentation du repas dans la peinture occidentale offre, en effet, plusieurs niveaux d’interprétation. Le banquet figuré, souvent un banquet de noces, illustre généralement un épisode de la mythologie grecque ou une scène biblique. Au-delà des éléments narratifs et de la symbolique propre à l’épisode représenté, ces banquets sont souvent, pour l’artiste, l’occasion d’illustrer le raffinement gastronomique de son époque et d’ajouter parfois un second niveau symbolique renvoyant cette fois à l’actualité. Paolo Caliari, dit Véronèse. Les Noces de Cana

Un exemple particulièrement représentatif est offert par les Noces de Cana de Paolo Caliari dit Véronèse (1528-1588). L’œuvre était destinée au réfectoire des Bénédictins de San Giorgio Maggiore, à Venise. Ils pouvaient donc la contempler et y méditer au cours de leur repas. La scène représentée est issue du Nouveau Testament. Dans la ville de Cana, en Galilée, le Christ et les apôtres sont invités à un repas de noces. Le vin venant à manquer, le Christ demande à ce qu’on remplisse les jarres d’eau et transforme l’eau en vin. Ce miracle, au-delà d’une illustration de la puissance du Christ, est une préfiguration de l’Eucharistie, instituée lors de la Cène, où le pain et le vin sont le corps et le sang du Christ que les chrétiens partagent en souvenir de son sacrifice.

Néanmoins, les noces de Véronèse rappellent davantage les banquets vénitiens qu’un repas de noces dans la Palestine du premier siècle de notre ère. La table dressée en U est une spécificité vénitienne, permettant, au centre, la présence de bouffons et de musiciens. Les costumes, le cadre architectural, la vaisselle et l’orfèvrerie raffinée renvoient au faste de la Venise du XVIe siècle. Ensuite, les fonctions spécialisées des personnages œuvrant autour des convives illustrent la complexité du banquet vénitien comprenant plusieurs services et une catégorie de serviteurs et d’officiers dédiée à chaque tâche. Au premier plan, un échanson jauge, dans un verre en cristal, la qualité du vin. Sur la balustrade, au premier étage, au dessus de la tête du Christ, les « écuyers tranchants » surveillent la découpe des viandes, qui suggère dans le même temps le corps du Christ et son sacrifice.

D’après la légende, des personnages contemporains seraient dissimulés parmi les figures bibliques, et parmi eux, Véronèse lui-même ainsi que d’autres artistes actifs à cette époque tels que Titien et Bassano.

Autre banquet mythique, cette fois mythologique, qui, au-delà du symbole, évoque le faste des cours princières : les Noces de Thétis et Pelée, toile également intitulée le festin des dieux, par Hendrick de Clerck (c. 1570-1629). Pelée, souverain d’un royaume de Thessalie Thessalie Région historique située au nord de la Grèce et donnant sur la mer Égée. , épouse la néréide Thétis. De leur union naîtra Achille. Tous les habitants de l’Olympe sont invités à festoyer à ces noces, à l’exception de la déesse de la discorde, Eris. Celle-ci fait pourtant intrusion dans le banquet. On l’aperçoit, dans la partie supérieure droite de la composition, brandissant la pomme qu’elle va envoyer au centre des convives en la dédiant « à la plus belle ». Cet incident va suffire à faire naître un conflit parmi les déesses qui dégénérera jusqu’à la Guerre de Troie... Chez Hendrick de Clerck, plus que l’Olympe antique, les mets servis et la vaisselle fastueuse évoquent les nouveautés et le raffinement introduits à la cour de France par les reines italiennes. La vaisselle, qui adopte des formes élégantes et complexes comme le nautile monté en hanap Hanap Grande coupe à boire munie d’un couvercle , est présentée sur un dressoir. Les matières sont précieuses (vermeil, cristal, nacre) et les mets des dieux à la hauteur du raffinement : homards, huîtres et parmi les légumes, on retrouve l’artichaut, originaire d’Italie, qui est introduit au XVIe siècle par les reines Médicis, et témoigne des évolutions gastronomiques.


Sources


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