Art et repas, opus 1 : l’Antiquité et le banquet funéraire

Publié le 18 juillet 2011, par Caroline Riberaigua

Au cœur du lien social et de la commensalité, porteur des tabous culturels ou reflet de l’intimité familiale, le repas, et les pratiques qui l’entourent, racontent les particularités des sociétés. La représentation du repas dans l’art illustre encore davantage cette diversité, en y ajoutant parfois une dimension symbolique.

Dans le monde antique, la représentation privilégiée du repas est souvent inscrite dans l’art funéraire. Nous avons déjà évoqué sur ce site la stèle de la princesse égyptienne Néfertiabet, vêtue d’une robe léopard et assise devant une table d’offrandes couverte de mets. Le musée du Louvre possède un témoignage encore plus édifiant de l’importance accordée à la nourriture par les anciens Égyptiens : la chapelle funéraire du mastaba d’Akhethétep. Surplombant la fosse dans laquelle repose le défunt, la chapelle funéraire a pour vocation d’accueillir les offrandes, notamment alimentaires, apportées par les vivants. Au cas où les offrandes viendraient à manquer, les Égyptiens, particulièrement prévoyants, veillent à représenter tout ce qui est nécessaire au défunt dans son séjour dans l’au-delà, afin que par la vertu magique de l’image, celui-ci ne manque de rien. A l’intérieur de la chapelle d’Akhethétep, haut dignitaire de l’Ancien Empire, sont donc représentés à la fois les travaux des champs, veillant ainsi à sa prospérité et à sa sécurité alimentaire Sécurité alimentaire Disponibilité de produits alimentaires en quantité suffisante pour assurer l’approvisionnement d’une population et subvenir à ses besoins nutritionnels. , mais aussi le défunt devant une liste de victuailles : volailles, petits pains coniques, céréales et bière !

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Le Sarcophage des époux de Cerveteri, art étrusque, détail.
VIe siècle av. J.-C.Musée du Louvre, Paris. Crédit photo Ecelan. Licence Creative Commons Paternité - Partage des conditions à l’identique 3.0

Le repas semble en tout cas être une préoccupation tellement importante que les Étrusques choisissaient d’être représentés sur leur sarcophage en train de banqueter ! C’est le cas notamment pour les époux de Cerveteri, représentés semi-allongés, s’appuyant sur des outres à vin. Le vin était une boisson particulièrement importante dans les rites sociaux et religieux au nord du bassin méditerranéen, en particulier en Grèce et en Italie. Le vin étrusque était très prisé et même exporté jusque dans le monde celte. Le sarcophage des époux de Cerveteri est le reflet de l’ art de vivre d’une élite, que l’on fait en quelque sorte perdurer par la représentation funéraire. La présence de l’épouse est une spécificité étrusque puisque dans le monde grec, par exemple, les femmes étaient exclues des banquets et confinées au gynécée Gynécée Dans la Grèce ancienne, partie de l’habitation réservée aux femmes. , seules les courtisanes (ou hétaïres) pouvant prendre part à ce rite social.

Cette association du banquet et du monde des morts dans l’Antiquité n’est pas une spécificité méditerranéenne. Il suffit pour s’en convaincre de quitter le Louvre pour le Musée Cernuschi ou le Musée Guimet, et de contempler la somptueuse vaisselle de bronze chinoise découverte dans les tombes des époques Shang et Zhou. Chacun des vases a une forme particulière en fonction de son usage.

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Collection de bronzes archaïques chinois du Musée Cernuschi
Crédit photo : Tom Flemming. Certains droits réservés (licence Creative Commons)

Sur l’image ci-contre, on peut voir, de gauche à droite, au niveau inférieur : deux petits vases tripodes à bec verseur destinés à recevoir les boissons alcoolisées (jue), un vase (gui) destiné à la présentation des aliments, un vase pour chauffer les boissons, un second gui ; sur l’étagère supérieure : un récipient et deux vases à boire, les boissons alcoolisées occupant une place centrale dans le rituel de la Chine ancienne. La logique est proche de celle de l’Égypte mais de manière en quelque sorte moins virtuelle : le défunt, surtout s’il est roi, emmène dans sa sépulture tout ce dont il aura besoin dans l’au-delà, animaux et serviteurs compris, qui, dans un premier temps, sont sacrifiés avant que ne leur soient substitués des figurines en terre cuite. Ils emportent également une vaisselle de banquet dont la richesse et le nombre sont peu ou prou proportionnels à leur rang. Cette vaisselle n’est pas liée, cependant, au repas quotidien, il s’agit d’une vaisselle cérémonielle utilisée dans le cadre de banquets rituels en lien avec le culte des ancêtres.

Ces trois exemples, bien que différents, soulignent une conception particulière de la mort dans le monde antique, où les victuailles et l’alcool, qu’il s’agisse de bière, de vin ou d’alcool de riz, sont au premier plan, comme si l’éternité devait être une fête. C’est en tout cas, à travers les témoignages matériels des croyances et des pratiques funéraires, l’image qu’ils en ont laissée !


Sources


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