Stimuler l’autodéfense naturelle des plantes. Une alternative aux pesticides.

Publié le 22 septembre 2009, par Dominique Vachez

Les plantes ont développé en interaction avec les micro-organismes infectieux une immunité innée reposant sur plusieurs lignes de défense passives ou actives. Les premiers résultats de la recherche indiquent qu’une stimulation des défenses immunitaires des plantes peut contribuer à une diminution de moitié des applications de pesticides Pesticides Produits phytopharmaceutiques utilisés pour la prévention, le contrôle ou l’élimination d’organismes vivants nuisibles pour les végétaux ou pour la conservation des produits végétaux. pour la protection des cultures.

On utilise pour cela des composés d’origine naturelle : les éliciteurs, qui présentent une très faible écotoxicité.

Les mécanismes de résistance active des végétaux vis-à-vis des organismes agresseurs sont assimilables à une réponse immunitaire. Celle-ci se déroule en 3 phases :

La première phase met en jeu les différents éliciteurs qui sont reconnus par les récepteurs cellulaires végétaux et provoquent l’enchaînement des mécanismes de défense. On parle d’éliciteurs exogènes ou endogènes selon qu’ils sont produits directement par l’agresseur ou produits par la dégradation de la plante au site d’agression.

Lors de la seconde phase, on observe le déclenchement d’une cascade de modifications métaboliques intracellulaires impliquant une panoplie de composés (ions, formes réactives de l’oxygène, enzymes et protéines) qui servent de signal pour l’activation de l’expression de gènes de résistance.

La dernière phase fait appel à plusieurs processus de défense pouvant aller jusqu’à la mort cellulaire programmée ou l’hypersensibilité Hypersensibilité Réaction de défense à une infection conduisant à la destruction localisée de tissus (nécrose) et empêchant la prolifération de l’agent pathogène. , en passant par l’épaississement de la paroi des cellules végétales ou la fermeture des stomates Stomates Minuscules orifices disséminés sur l’épiderme des végétaux (surtout des feuilles) jouant un rôle, selon leur degré d’ouverture, dans la régulation des échanges gazeux avec le milieu (transpiration, photosynthèse, respiration). et la production d’un ensemble de métabolites antimicrobiens.
Cette réponse défensive fait intervenir un éventail de composés biochimiques synthétisés par la plante. On distingue principalement les phytoalexines (substances inhibitrices de composition variable se comportant comme des antibiotiques) et différentes familles de protéines PR (pathogenesis-related) ayant des propriétés antimicrobiennes ou antiravageurs.

Enfin, la plante est capable de développer un phénomène d’immunité systémique Systémique Qui s’étend à l’ensemble d’un organisme. (ou résistance systémique Systémique Qui s’étend à l’ensemble d’un organisme. acquise) contre les maladies, comparable à une vaccination multiple, qui lui permet en cas d’agression ultérieure de résister simultanément à un large spectre d’agents.

Quelques stimulateurs des défenses naturelles sont déjà commercialisés en France et en Europe comme produits phytosanitaires alternatifs aux pesticides Pesticides Produits phytopharmaceutiques utilisés pour la prévention, le contrôle ou l’élimination d’organismes vivants nuisibles pour les végétaux ou pour la conservation des produits végétaux. de synthèse (éliciteurs [1] : laminarine, extrait de fenugrec, harpine). Ils sont employés en remplacement des fongicides sur la vigne, les céréales ou les arbres fruitiers.

L’utilisation de ces substances est une des voies pour parvenir aux objectifs du plan Ecophyto (cf. Les pesticides : une menace pour la sécurité des aliments) qui prévoit de réduire de 50% la consommation française de pesticides Pesticides Produits phytopharmaceutiques utilisés pour la prévention, le contrôle ou l’élimination d’organismes vivants nuisibles pour les végétaux ou pour la conservation des produits végétaux. d’ici 10 ans, améliorant ainsi la qualité sanitaire de l’alimentation et de l’environnement.


Sources

  • KAUFFMANN, Serge, DOREY, Stéphan, BAILLIEUL, Fabienne. Vers une stratégie alternative de protection des cultures. Biofutur, 2009, vol. 28, n° 296, p. 26-30.
  • VLOT, A.C., KLESSIG, D.F., PARK, S.-W. Systemic acquired resistance : the elusive signal(s). Current Opinion in Plant Biology, 2008, vol. 11, n° 4, p.436-442.

[1] Les éliciteurs actuellement utilisés possèdent des propriétés antifongiques. Ils sont extraits d’algues, de plantes ou de bactéries.


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