Campylobacter jejuni et neuropathies : des risques de transmission par la viande de poulet

Publié le 19 août 2011, par Françoise Tisserand

La présence dans la viande de poulet de certaines souches de la bactérie Campylobacter jejuni, potentiellement associées au développement de neuropathies inflammatoires telles que le syndrome de Guillain-Barré ou son variant clinique, le syndrome de Miller-Fisher, est relativement fréquente, selon une étude américaine.

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Campylobacter jejuni
Source : Wikimedia Commons

Les oiseaux sauvages et domestiques sont considérés comme les principaux réservoirs de Campylobacter jejuni. La transmission à l’homme est essentiellement d’origine alimentaire. La viande de volaille contaminée, insuffisamment cuite, est la source d’infection la plus commune dans les pays industrialisés. Cette bactérie est la première cause de pathologies intestinales d’origine bactérienne.

Une infection à Campylobacter jejuni peut également être, dans de rares cas, à l’origine du syndrome de Guillain-Barré, maladie inflammatoire du système nerveux périphérique qui se manifeste par une paralysie temporaire. On estime qu’un cas sur mille d’infection humaine par Campylobacter provoque le syndrome de Guillain-Barré. Ce syndrome est très sévère avec une mortalité pouvant atteindre 2 à 3% des cas et peut engendrer des séquelles neurologiques majeures. Selon l’Anses Anses Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail , 20 à 30% des cas de syndrome de Guillain-Barré les plus graves seraient dus à une infection par cette bactérie.

Après infection, des anticorps sont produits contre les lipooligosaccharides, antigènes présents au niveau de la membrane externe de la bactérie. Ceux-ci montrent parfois des similitudes structurales avec les gangliosides, molécules des cellules nerveuses, ce qui peut conduire au phénomène d’auto-immunité Auto-immunité Etat d’immunisation vis à vis des propres constituants de l’organisme .

Le mécanisme de développement de la maladie après l’infection n’est pas bien connu, mais implique des interactions entre des facteurs de risques liés à la bactérie et d’autre liés aux individus. Des facteurs de risques relatifs à certaines souches de la bactérie sont identifiés. Les types de lipooligosaccharides ainsi que des polymorphismes génétiques spécifiques ont été associés avec le développement du syndrome de Guillain-Barré ou de son variant clinique, le syndrome de Miller-Fisher.

Dans cette étude, Campylobacter jejuni a été isolée à partir de viande de poulet provenant de supermarchés de la région de Baltimore. La détermination des types de lipooligosaccharides et des analyses génétiques ont mis en évidence la présence de souches de la bactérie potentiellement à risque dans les échantillons.

La viande de volaille est une source importante d’infection par Campylobacter jejuni et l’association entre une infection antérieure par cette bactérie et le développement du syndrome de Guillain-Barré est bien documentée. Le consommateur peut limiter les risques en appliquant des mesures d’hygiènes simples : manipuler la viande crue dans de bonnes conditions hygiéniques pour éviter les contaminations croisées d’autres aliments et assurer une cuisson suffisante de la viande de volaille (> à 65°C à cœur).

Source

  • HARDY, C.G., LACKEY, L.G., CANNON, J. et al, Prevalence of potentially neuropathic Campylobacter jejuni strains on commercial broiler chicken products. International journal of food microbiology, 2011, vol.145, n°2-3, p.395-399.
  • Fiche microbiologique sur Campylobacter spp. Afssa/Anses

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