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Risques associés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement

Publié le 12 août 2011, par Dominique Vachez

À l’issue d’une expertise scientifique collective et contradictoire, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses Anses Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail ) a publié fin 2010 un rapport sur l’évaluation des risques liés à la pratique de régimes à visée amaigrissante.

Ce rapport a été accompagné de recommandations dans un avis de l’Anses rendu public en mai 2011.

L’analyse des risques relatifs à ces pratiques alimentaires amaigrissantes doit rentrer dans le cadre du prochain Programme National Nutrition Santé (PNNS 3) élaboré par le ministère de la Santé.

Le choix s’est porté sur quinze régimes amaigrissants parmi les plus populaires [1], ainsi que leurs différentes phases. Les apports nutritionnels en énergie, protéines, glucides, lipides, vitamines et minéraux ont été estimés comparativement [2].
Parallèlement, une analyse de la littérature scientifique a été réalisée sur les conséquences physio-pathologiques et psycho-comportementales de ces régimes.

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AET=Apport énergétique total. Crédit : Anses,2011


Tous les régimes étudiés sont destinés à diminuer la masse adipeuse (masse grasse) et se caractérisent par des apports déséquilibrés (qu’ils soient hypocaloriques, hyperprotéiques, hypolipidiques ou hypoglucidiques) ou la suppression de certaines catégories d’aliments.
Les besoins nutritionnels des individus sont ainsi rarement respectés, conduisant à un déficit énergétique et/ou des déficiences métaboliques.

La quasi-totalité des régimes préconisés présente des écarts importants aux apports nutritionnels conseillés Apports nutritionnels conseillés Valeurs de référence moyennes établies par nutriment et catégorie de population afin de permettre la couverture des besoins nutritionnels moyens. (ANC) en macronutriments Macronutriments Famille de nutriments énergétiques que l’organisme utilise en grande quantité, composée des protéines, des lipides et des glucides. et/ou micronutriments Micronutriments Famille de nutriments ne fournissant pas d’énergie, mais nécessaires en petite quantité au bon fonctionnement de l’organisme  :

  • apport protéique excessif,
  • déficit en calcium,
  • excès de sodium,
  • apports insuffisants en fibres,
  • apports en vitamines D et E déficitaires,
  • carences en fer ou en magnésium.

Les principaux effets néfastes recensés diffèrent chez l’homme et la femme et se traduisent par un ou plusieurs symptômes :

  • une perte musculaire et osseuse (masse maigre),
  • des troubles cardiovasculaires,
  • des syndromes métaboliques,
  • des insuffisances rénales ou des inflammations hépatiques,
  • des troubles digestifs,
  • des malaises hypoglycémiques,
  • des états dépressifs.

Les risques sont particulièrement prononcés pour certaines populations vulnérables. Les femmes enceintes ou allaitantes peuvent être affectées par une malnutrition Malnutrition Apport non équilibré de nutriments dans l’alimentation. protéino-énergétique ; des perturbations hormonales ou des déminéralisations peuvent apparaître chez les enfants, les adolescents et les sportifs ; les risques de dénutrition Dénutrition État pathologique consécutif à un processus de désassimilation d’intensité supérieure à celle du processus d’assimilation. augmentent chez les personnes âgées.

Par ailleurs, on constate que la perte de poids provoque la libération de polluants organiques persistants Polluants organiques persistants Substances organiques réunissant 4 propriétés : persistance dans l’environnement, bioaccumulation dans les êtres vivants, toxicité pour l’homme, la faune et la flore, et mobilité des polluants sur de grandes distances. (stockés dans les graisses) vers le plasma sanguin et le tissu adipeux, pouvant perturber les systèmes endocrinien, reproducteur et immunitaire.

Parmi les recommandations, on notera :

  • l’utilité de maintenir une activité physique régulière, qui est un facteur de stabilisation du poids pendant toute modification du régime alimentaire,
  • la nécessité d’assurer un suivi par un ou des spécialistes (médecin, diététicien, psychologue),
  • l’importance d’adopter une alimentation équilibrée, diversifiée et sans excès calorique.


L’obésité et le surpoids touchent respectivement 15 % et 32 % des adultes en France et sont devenus un problème de santé publique.

Le surpoids et l’obésité sont définis en fonction de l’indice de masse corporelle Indice de masse corporelle Indice, défini comme le poids divisé par le carré de la taille exprimé en kg/m². Il permet d’estimer la corpulence d’une personne. (IMC) = poids/taille au carré (en kg/m2). Une personne est en surpoids à partir d’un IMC de 25 et devient obèse à compter de 30.

Mais l’image du corps s’avère à ce point prépondérante que près du tiers des femmes d’IMC dit « normal » (entre 20 et 25) pratiquent un régime amaigrissant, selon la dernière enquête INCA 2 INCA 2 Etude individuelle Nationale sur les Consommations Alimentaires 2006-2007 (Étude individuelle nationale des consommations alimentaires 2, 2009).

Cependant, les régimes étant pratiqués sans contrôle médical ni accompagnement psychologique aboutissent à une reprise de poids pour 80 % des sujets au bout d’un an, faute le plus souvent d’un maintien de la restriction calorique. De surcroît, celle-ci s’opère généralement avec une récupération préférentielle de la masse grasse au détriment de la masse maigre (muscles, viscères et squelette).

Compte tenu de ces effets délétères, le recours à un régime amaigrissant ne devrait se justifier qu’en cas d’excès pondéral significatif et d’une indication médicale formelle.


Sources


[1] Les quinze régimes sont les suivants : régime du Dr Atkins, régime californien du Dr Guttersen, régime « Citron détox », régime de la chrononutrition du Dr Delabos, régime du Dr Cohen, régime du Dr Dukan, régime du Dr Fricker, régime Mayo, régime Miami du Dr Agatston, régime Montignac, régime du Dr Ornish, régime Scarsdale du Dr Tarnower, régime de la soupe au chou, régime Weight Watchers, régime Zone de M. Sears.

[2] Les compositions nutritionnelles des aliments sont celles de la banque de données du Ciqual (Centre d’information sur la qualité des aliments). Cette évaluation ne s’est pas intéressée aux compléments alimentaires.


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