Bretagne, de la terre au bitume

Publié le 9 novembre 2009, par Philippe Drouin

Le cœur de la Bretagne balance entre ses origines agricoles et sa nouvelle vocation depuis l’avènement des congés payés. Mais au simple tourisme se sont récemment ajoutées une migration de retraités, favorablement accueillie, et des résidences secondaires.

A ce point, la balance devient vite conflit entre modèle de développement économique, paysage, patrimoine et aménagement du territoire. Et l’enjeu politique, électoraliste, qui se réduit souvent à l’économie devient alors celui du développement contre les autres. Beaucoup trop d’élus vont au plus simple et au plus rapide en favorisant la croissance du bâti au détriment des terres agricoles. Ils en attendent une croissance d’économie résidentielle basée sur les services et commerces associés aux habitants. Un modèle de développement qui demande plus de signatures de permis de construire qu’un véritable travail de long terme sur le territoire.

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Maison en Bretagne
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Le politique est aidé en cela par la préférence des exploitants agricoles, qui partent à la retraite, pour la vente de leur terre plutôt que pour une transmission moins aisée à de jeunes exploitants [1].

L’économie, la population et les paysages changent ainsi profondément. Mais le modèle simpliste de l’économie résidentielle et de l’expansion démographique (14 000 nouveaux ‘bretons’ chaque année) se connait peu lui-même. Et les limites sont lourdes à terme : infrastructures et équipements collectifs coûteux et peu rentabilisés, dettes de l’état (et donc incertitudes de la pérennité des aides).

L’agriculture, les industries agro-alimentaires et les activités qui en dépendent (transport, matériel agricole, etc.) sont pourtant bien plus garantes d’une pérennité viable des structures économiques et de l’emploi (34 000 exploitations agricoles qui génèrent directement 170 000 emplois). De nouvelles demandes sociales locales se développent vis-à-vis de l’agriculture et la disponibilité de terres arables est une problématique globale croissante. La Bretagne semble ainsi prendre le risque de rattraper un retard d’urbanisation au moment où celui-ci se transforme en avantage. Une façon d’être au moins durable... dans le retard !



[1] La difficulté à trouver des terres pour s’installer est à mettre en regard de la multiplication par deux entre 1994 à 2008 du salariat agricole en Bretagne, Ndlr.



Source

  • DEMEURE-VALLEE, Christian. La préservation du foncier agricole, un enjeu d’avenir pour la Bretagne. Kreiz Breizh, 2009, n° 16, p. 6-8.

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