Virus de l’hépatite E : risque de transmission du porc à l’homme par l’alimentation

Publié le 23 décembre 2011, par Françoise Tisserand

Des recherches menées dans le cadre du projet HEVZOONEPI [1] ont montré qu’il existe un risque de transmission du virus de l’hépatite E (VHE), de l’animal, notamment le porc, vers l’homme, par contact direct ou par l’alimentation. Le VHE provoque une hépatite aiguë à transmission entérique, comparable à l’hépatite A. La maladie peut s’avérer très grave, en particulier pour la femme enceinte, et conduire à une hépatite fulminante (1-2 % des cas).

Le VHE est responsable d’épidémies dans de nombreux pays d’Afrique et d’Asie, où il est essentiellement propagé par l’eau contaminée.
Des cas sporadiques sont observés dans des régions non endémiques comme le Japon, les USA, l’Europe.

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Virus de l’hépatite E
Source : Wikimedia Commons

L’origine de la majorité des cas d’hépatite virale E recensés en France n’est pas liée à un voyage dans un pays où la maladie est endémique. Les souches de virus incriminés dans ces cas autochtones ne correspondent pas à celles retrouvées chez l’homme dans les zones d’endémie mais sont, par contre, génétiquement proches des souches retrouvées chez l’animal et notamment chez le porc.
Contrairement aux autres virus des hépatites, le VHE peut en effet infecter aussi bien l’homme que de nombreuses espèces animales.

Face à l’émergence de ces cas autochtones (9 cas en 2002, 184 cas en 2009), des recherches sont menées pour définir les modes de contamination possibles liés au réservoir animal.

Il a été observé que les personnes en contact direct avec les porcs et la faune sauvage (chasseurs, éleveurs, vétérinaires, personnels d’abattoir) ont une séroprévalence VHE plus élevée que la population générale, ce qui suggère qu’un contact direct avec des animaux infectés est un facteur de risque de contracter le virus.

Une étude publiée dans la revue Comparative immunology, microbiology and infectious diseases montre que le cheptel porcin français est largement infecté par le VHE, ce qui confirme qu’il s’agit d’une source potentielle de contamination.
La séroprévalence VHE au niveau des élevages de porc est de 65 % et 31 % des porcs à l’abattoir ont des anticorps contre le VHE. Par ailleurs, 4 % des foies de porc, entrant dans la chaîne alimentaire, contiennent du VHE.

Dans une autre étude réalisée en France entre 2008 et 2009 et publiée dans la revue Emerging infectious diseases, l’analyse des séquences génétiques des souches de VHE présentes chez l’homme et le porc, dans le même laps de temps, a permis de montrer de fortes homologies entre elles. Cette proximité génétique laisse supposer que des transmissions zoonotiques ont bien lieu.

Par ailleurs, la littérature rapporte deux cas d’infection clairement établis, au Japon, après consommations de denrées contaminées (viande de cerf et de sanglier). En France, la consommation de saucisse de foie de porc cru (figatelli) a été fortement suspectée d’être à l’origine de plusieurs cas d’hépatite E entre 2008 et 2009.

En région non endémique, l’infection par le virus de l’hépatite E peut donc avoir une origine zoonotique par consommation de denrées alimentaires contaminées ou par contact direct avec des animaux infectés.

Afin de limiter les risques d’infection humaine d’origine zoonotique, l’Anses Anses Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail et la DGAL DGAL Direction générale de l’alimentation, ministère de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche préconisent de mettre en œuvre certaines mesures notamment la surveillance active de tous les réservoirs animaux et le développement de méthodes de diagnostic dans les denrées alimentaires. La mise en place de procédés de transformation permettant de limiter la contamination des aliments et des modalités pratiques de cuisson afin d’inactiver le virus avant consommation sont également recommandées.

Sources

  • ROSE, N., LUNAZZI, A., DORENLOR, V., et al. High prevalence of hepatitis E virus in French domestic pigs. Comparative immunology, microbiology and infectious diseases, 2011, vol.34, n°5, p.419-427.
  • BOUQUET, J., TESSE, S., LUNAZZI, A., et al. Close similarity between sequences of hepatitis E virus recovered from humans and swine, France, 2008-2009. Emerging infectious diseases, 2011, vol.17, n°11, p.2018-2025.
  • COLSON, P., BORENTAIN, P., QUEYRIAUX, B., et al. Pig liver sausage as a source of hepatitis E virus transmission to humans. The journal of infectious diseases, 2010, vol.202, n°6, p.825-834.
  • Bulletin épidémiologique, septembre 2010, n°38, Spécial zoonoses. Anses/DGAL

[1] Le projet HEVZOONEPI (collaboration Anses, INRA, ENVA, INSERM, CHU, CNR) est un projet de recherche finalisé qui a été coordonné par Madame Nicole Pavio du Laboratoire de santé animale de l’Anses. Son objectif était d’évaluer le risque de transmission zoonotique du virus de l’hépatite E par l’alimentation. Ce projet a été mené dans le cadre du Programme National de Recherche en Alimentation (PNRA).


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