Danger potentiel des nanoparticules dans l’alimentation.

Publié le 16 mars 2012, par Véronique Jeannon

Une étude, publiée en ligne sur le site de Nature Nanotechnology, montre que l’ingestion aiguë et chronique de nanoparticules de polystyrène peut influencer l’absorption du fer et modifier l’épithélium intestinal.

Les nanoparticules ont des propriétés physiques et chimiques particulières dues à leur structure cristalline, leur petite taille, de l’ordre du nanomètre, leur faible masse et leur surface proportionnellement très importante.
Elles sont utilisées couramment dans les industries alimentaires et pharmaceutiques. Leur réactivité de surface et leur capacité à se disperser dans l’organisme pourraient conduire à des interactions néfastes sur celui-ci.

Les nanoparticules sont présentes dans l’alimentation principalement sous forme d’additifs alimentaires. Il peut s’agir de colorants comme le dioxyde de titane ( E171) ou d’anti-agglomérants comme les silicates d’aluminium (E559). Elles sont présentes également dans les médicaments où elles servent de transporteurs stables, favorisant l’absorption ou le ciblage des molécules actives.
On estime qu’en moyenne une personne vivant dans un pays industrialisé ingère chaque jour jusqu’à 100 000 milliards de nanoparticules synthétisées par l’homme.

L’étude, réalisée par l’équipe de G.Mahler aux États-Unis, a été conduite :

  • in vitro, sur des cellules intestinales en culture, utilisant un dispositif expérimental de passage de fer et de particules de polystyrène de 50 à 200 nm à travers les couches cellulaires (le polystyrène, n’ayant pas de toxicité intrinsèque, est utilisé ici comme modèle de nanoparticule) ;
  • in vivo, chez le poulet, dont le mécanisme d’absorption du fer est proche de celui de l’homme, après ingestion aiguë (1 dose unique) et chronique (1 dose/j pendant 14 jours) de nanoparticules de polystyrène de 50nm.

La capture et le transport du fer par les cellules épithéliales de l’intestin ont été mesurés.

Les expériences in vitro montrent des différences significatives de transport du fer en présence ou non de nanoparticules, à travers les cellules intestinales en culture.
Les poulets exposés de façon aiguë aux nanoparticules ont une plus faible absorption de fer que ceux qui n’en ont pas consommé.
L’exposition chronique entraîne un remodelage des villosités intestinales qui augmente la surface intestinale disponible pour compenser la diminution de l’absorption du fer.
Les résultats mesurés in vitro correspondent bien aux données recueillies in vivo, ce qui valide le dispositif de cellules en culture de cette étude pour des recherches ultérieures sur les effets possibles de l’ingestion de nanoparticules.

Un rapport de l’Afssa Afssa Agence française de sécurité sanitaire des aliments (devenu Anses Anses Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail ), publié en 2009 (voir l’article Nanotechnologies et alimentation), alertait déjà les autorités sur la toxicité possible de l’utilisation des nanoparticules dans l’alimentation, et du peu d’études réalisées sur ce sujet.
Aujourd’hui, les recherches réalisées par l’équipe de G. Mahler révèlent que ces nanoparticules ont bien une action sur l’organisme.


Source

  • MAHLER, G., J., ESCH,M., G., TAKO, E., et al. Oral exposure to polystyrene nanoparticles affects iron absorption Nature Nanotechnology. 2012, doi:10.1038/nnano.2012.3

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