L’assiette engagée

Publié le 3 juillet 2009, par Philippe Drouin

Les grandes démocraties développées déplorent la perte d’engagement politique, particulièrement des jeunes. Mais est-il encore si fiable de confondre engagement et visibilité dans les institutions démocratiques traditionnelles ?

Trois chercheuses québécoises montrent, en effet, un déplacement des engagements politiques, en particulier vers l’assiette, chez des jeunes québécois de 20 à 30 ans.
Pour ces jeunes, la consommation de produits issus du commerce équitable (principalement le café) et de l’agriculture biologique est devenue un mode d’expression de leur « idéalisme pragmatique » sur l’affirmation de valeurs qu’ils souhaitent ainsi défendre et valoriser. Nourris de diplômes assez élevés en moyenne, ils préfèrent un engagement plus individuel mais qui leur donne dans le même temps le sentiment de participer à une action collective planétaire. Aux idéologies institutionnalisées et à l’embrigadement, ils privilégient un travail éthique de réflexion critique partagé par de nombreux « citoyens du monde ». Une « vision du monde » dans laquelle il ne s’agit pas seulement de consommer « mieux » pour soi, pour sa santé, mais pour l’avenir des êtres humains.
Ainsi, le biologique et l’équitable se le disputent parfois et on ne consommera pas de fruits et légumes hors saisons, fussent-ils ’bio’. De même, les productions locales sont elles plus valorisées puisque plus économes en transport et donc en pollution. « La valeur écologique du local peut supplanter la valeur santé du biologique ».
Consommer « mieux » c’est également consommer « moins ». La plupart des jeunes, se reconnaissant dans cette forme d’engagement par la consommation, manifestent plutôt un rejet du consumérisme. Et ils préfèrent, par ailleurs, la réutilisation, la récupération, la satisfaction simple des besoins et l’utilisation d’une propriété collective (transport en commun, bibliothèque publique).

Loin de disparaître, l’engagement politique des jeunes se fait donc dans le cadre d’une prise en compte du nouvel état du monde et du politique. Plus individuel et plus pragmatique, c’est aussi un dépassement des frontières et des particularismes culturels qui invite, peut-être, à une politique du XXIe siècle.




Source

  • QUENIART Anne, JACQUES Julie, JAUZION-GRAVEROLLE Catherine. Consommer autrement, une forme d’engagement politique chez les jeunes. Nouvelles pratiques sociales, Vol. 20, n° 1, 2007, p. 181-195.

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