Consommation d’oméga 3 et infections grippales

Publié le 28 août 2009, par Véronique Jeannon

Une étude expérimentale américaine sur des souris révèle une mortalité accrue lors d’une infection par le virus de la grippe A chez les animaux supplémentés avec de l’huile de poisson, riche en acides gras polyinsaturés oméga 3.

La publicité et les médias grands publics nous encouragent à consommer des « oméga 3 », ces acides gras polyinsaturés, lipides indispensables que le corps humain ne peut synthétiser. De nombreuses études ont démontré leurs effets bénéfiques sur la santé, en particulier sur les maladies cardiovasculaires. Cependant, une étude récente vient moduler cet enthousiasme, à l’arrivée de l’automne et de ses infections grippales.

Une équipe de chercheurs de Caroline du Sud rapporte, dans The Journal of Nutrition, ses travaux réalisés sur des souris de laboratoire. Les animaux, séparés en deux groupes, reçoivent une alimentation équilibrée, contenant 5% de lipides : de l’huile de maïs pour le groupe témoin, 4% d’huile de poisson [1] et 1% d’huile de maïs pour le groupe expérimental.

Après 15 jours de ce régime, toutes les souris sont infectées par le virus de la grippe A par voie nasale.

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Virus de la grippe H1N1
Crédits photo : Centers for Disease Control and Prevention

Les poumons des animaux supplémentés à l’huile de poisson semblent montrer moins d’inflammation que ceux du groupe témoin. Cependant, 7 jours après l’infection, ces souris présentent un taux de mortalité de 40% supérieur à l’autre groupe et la charge virale pulmonaire est augmentée de 70%. De plus, la période de convalescence est beaucoup plus longue pour les souris qui ne meurent pas.

Après autopsie des souris, les auteurs constatent que les paramètres cellulaires de l’immunité sont altérés au niveau des poumons : réduction du nombre de cellules participant à la réponse immune (neutrophiles, cellules NK et lymphocytes T CD8+) et diminution de l’expression des médiateurs de l’inflammation (Cytokines, Interleukine 6, TNF alpha).

Il semble donc que la supplémentation en acides gras polyinsaturés peut nuire à la réponse immunitaire contre le virus de la grippe et entraîner une augmentation de la mortalité chez la souris.

Les effets bénéfiques des huiles de poissons sont dus à leur richesse en acide gras oméga 3 dont les propriétés anti-inflammatoires ont été mises en évidence par différentes équipes de chercheurs. Cet effet contre l’inflammation présente un bénéfice réel pour les pathologies chroniques inflammatoires.

L’inflammation est un phénomène de défense naturelle face à une agression de l’organisme (infection, traumatisme, etc.). Si son exacerbation peut être néfaste, il ne faut pas oublier qu’elle est nécessaire au déclenchement de la réponse immunitaire.
Il n’est donc pas étonnant qu’en réduisant l’inflammation, l’huile de poisson perturbe la lutte contre les infections.

Ces résultats ont été observés chez la souris, mais aucune étude n’a été réalisée chez l’homme. Toutefois, cette recherche soulève la question de la légitimité des compléments alimentaires Compléments alimentaires Produits ingérés en complément de l’alimentation courante pour pallier l’insuffisance des apports journaliers et aliments enrichis chez des personnes ayant une alimentation équilibrée et variée.



[1] L’huile de poisson utilisée dans l’étude est de l’huile de menhaden, riche en oméga 3 (26%) et pauvre en oméga 6 (2%), ces acides gras étant polyinsaturés. L’huile de maïs contient quant à elle, 55% d’acides gras oméga 6 et 1% d’oméga 3).


Source

  • SCHWERBROCK, Nicole M., J., KARLSSON, Erik, A., SHI, Qing et al. Fish oil-fed mice have impaired resistance to influenza infection The Journal of nutrition, 2009, Vol. 139, n° 8, p. 1588-1594.

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