Le labourage des terres remis en question

Publié le 24 novembre 2009, par Dominique Vachez

Le labourage ne sera bientôt plus la première mamelle de la France ! [1]

On assiste actuellement à un phénomène de régression de la pratique du labour [2], comme technique de travail des sols agricoles. Cette évolution a été essentiellement encouragée sur le continent américain, où le concept d’agriculture de conservation est apparu pour contrer la dégradation des sols par l’érosion et prévenir la contamination des eaux par les engrais et pesticides Pesticides Produits phytopharmaceutiques utilisés pour la prévention, le contrôle ou l’élimination d’organismes vivants nuisibles pour les végétaux ou pour la conservation des produits végétaux. .

Initialement qualifié de progrès technologique, le labour systématique est désormais plutôt considéré pour ses effets défavorables :

  • perturbation de la structure du sol ;
  • minéralisation trop rapide de la matière organique ;
  • érosion de la couche arable ;
  • ruissellement des eaux sur un sol nu sans couverture végétale ;
  • entraînement des sédiments et des polluants ;
  • coûts du carburant…

En France, les techniques culturales sans labour (TCSL) concernent globalement plus du tiers des surfaces cultivées, avec de grandes disparités selon les cultures ou les régions, même si l’abandon total du labour représente pour le moment moins de 15 % des surfaces de grandes cultures. L’agriculture biologique commence elle aussi à appliquer ces méthodes antiérosives.

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Un tiers des grandes cultures semées en 2006 sans retournement des sols
Crédit : © Agreste 2008. Certains droits réservés

En absence de labour, on distingue deux procédés principaux :

  • le non-labour (ou travail minimum) consiste à travailler (mélanger) le sol de façon superficielle (moins de 15 cm) sans le retourner, avec une incorporation partielle des résidus de récolte ;
  • le semis direct s’effectue sans aucun travail préalable, à travers une couche de résidus végétaux qui sont laissés à la surface du sol où ils forment un paillis protecteur (mulch).

Il existe plusieurs itinéraires techniques intermédiaires comme le pseudo-labour, où le sol est ameubli à des profondeurs équivalentes au labour, mais sans retournement, et le déchaumage, opéré avec des outils à disques ou à dents (chisel, herse), où les résidus (ou chaumes Chaumes Bases de la tige des céréales laissées en place après la moisson. ) de la récolte précédente sont enfouis superficiellement.

Les avantages recherchés dans les TCSL sont multiples :

On a pu constater qu’à rendement équivalent, le gain de stockage du carbone organique dans le sol pouvait atteindre 0,20 tonne de carbone par hectare et par an.

Pour pleinement apprécier les avantages à long terme de ces techniques de conservation par rapport aux procédés classiques, il importe de poursuivre les essais sur plusieurs années dans les conditions naturelles en évitant d’alterner avec des labours occasionnels.

Au niveau mondial, outre la désertification, la déforestation et l’urbanisation galopantes, le processus d’érosion des sols arables atteint un niveau préoccupant. Avec l’accroissement de leur population, les pays émergents sont à la recherche de nouvelles terres cultivables. En Europe même, plusieurs millions d’hectares sont menacés de détérioration.

On sait qu’un sol érodé peut mettre plusieurs siècles à se reconstituer. Il est donc urgent de privilégier des systèmes de culture qui préservent la fertilité et la qualité des sols nécessaires pour assurer une production alimentaire durable.


L’adoption des TCSL ne doit pas se faire sans précautions sous peine de provoquer un certain nombre d’effets non désirés :

Pour pallier ces inconvénients, les TCSL doivent être liées à une évolution des pratiques culturales :


[1] Allusion à la citation du duc de Sully, ministre d’Henri IV : "Labourage et pâturage sont les deux mamelles dont la France est alimentée" (1600)

[2] Le labour consiste à travailler le sol à la charrue (25 à 40 cm de profondeur) en le retournant et en enfouissant les résidus de récolte et les mauvaises herbes ou adventices. Il nécessite souvent d’autres travaux mécaniques (reprises de labour) avant le semis. Autre dénomination : travail du sol conventionnel.

[3] Un faux semis consiste à faire lever les mauvaises herbes et les graines de la culture précédente tombées au cours de la récolte en effectuant un travail superficiel favorable à la germination des semences d’adventices et de repousses.


Sources


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