Sécurité alimentaire mondiale : les défis du changement climatique et des bioénergies

Publié le 20 janvier 2010, par Dominique Vachez

Sécurité alimentaire Sécurité alimentaire Disponibilité de produits alimentaires en quantité suffisante pour assurer l’approvisionnement d’une population et subvenir à ses besoins nutritionnels. , sécurité énergétique et sécurité climatique se trouvent étroitement liées.

La situation alimentaire et nutritionnelle s’aggrave à l’échelle planétaire : un milliard d’êtres humains se trouvent en état de sous-alimentation Sous-alimentation Ration alimentaire insuffisante pour couvrir les besoins énergétiques. chronique, soit plus du double des Objectifs du Millénaire pour le développement [1]

La communauté internationale doit donc relever un triple défi. Il s’agit de maintenir à la fois un niveau de sécurité alimentaire Sécurité alimentaire Disponibilité de produits alimentaires en quantité suffisante pour assurer l’approvisionnement d’une population et subvenir à ses besoins nutritionnels. compatible avec les contraintes du changement climatique, tout en exploitant les ressources bioénergétiques de manière durable, dans un contexte de raréfaction des combustibles fossiles.

Une conférence de la FAO (Rome, juin 2008) a réuni l’ensemble de ces thèmes qui étaient aussi au centre des débats du Sommet mondial sur la sécurité alimentaire (Rome, novembre 2009). Les biocarburants forment le sujet central du dernier rapport de la FAO FAO Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Food and Agriculture Organization) sur la Situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture.

Selon différents scénarios examinés par l’IFPRI IFPRI Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (International Food Policy Research Institute) , le réchauffement climatique affecterait la sécurité alimentaire Sécurité alimentaire Disponibilité de produits alimentaires en quantité suffisante pour assurer l’approvisionnement d’une population et subvenir à ses besoins nutritionnels. par une diminution globale des rendements avec des conséquences sur les prix agricoles mondiaux et particulièrement en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne déjà confrontées à l’insécurité alimentaire et aux phénomènes climatiques extrêmes (sécheresses et inondations).

La biomasse Biomasse Masse de matière organique des êtres vivants (végétaux, animaux, microorganismes) ou en cours de décomposition totale contribue pour 10% de la consommation d’énergie primaire à travers le monde, essentiellement pour ses usages non industriels : chauffage et cuisson.

On assiste à une augmentation continue des bioénergies commercialisées pour la production de biocarburant Biocarburant Carburant produit à partir de la biomasse (matière organique renouvelable). (triplée depuis 2000), de chaleur ou d’électricité. En 2009, elles participent pour 2% de la consommation globale d’énergie et utilisent environ 2% des terres arables. Ces chiffres pourraient doubler d’ici 2030.

Le développement de la bioénergie Bioénergie Energie renouvelable issue de la biomasse d’origine végétale, animale ou microbienne, qu’elle soit brute (bois, huile végétale, déchets...) ou transformée (biogaz, bioéthanol, biodiesel...) devrait théoriquement contribuer à limiter les émissions de gaz à effet de serre Gaz à effet de serre Gaz s’accumulant dans l’atmosphère et susceptibles de contribuer au réchauffement climatique en absorbant le rayonnement infrarouge.  [2], à la stricte condition que les méthodes de production et de transformation répondent elles-mêmes à des critères d’efficacité énergétique et de préservation des écosystèmes et des ressources en eau.

On estime que les activités agricoles et forestières sont globalement responsables d’un tiers (33%) des émissions de gaz à effet de serre Gaz à effet de serre Gaz s’accumulant dans l’atmosphère et susceptibles de contribuer au réchauffement climatique en absorbant le rayonnement infrarouge. anthropiques, l’agriculture (engrais azotés, rizières, fermentations digestives des ruminants…) en représentant 14% et la déforestation associée 19%.

Inversement, les méthodes de culture et/ou d’élevage sont déterminantes sur les bilans énergétiques et carbonés et constituent un fort potentiel d’atténuation de l’effet de serre.

Voir les articles : techniques de conservation des sols, choix de plantes pérennes, réduction des surfaces fourragères ou protéagineuses consacrées au bétail.

Actuellement, la majeure partie des agrocarburants (biocarburants dits de 1re génération) est issue des constituants « nobles » (organes de réserve) de plantes cultivées sur les meilleures terres, celles qui pourraient être employées à des fins alimentaires ou consacrées à la forêt.
Le prix des matières premières agricoles dépend donc partiellement de ces utilisations par les grands pays producteurs que sont les Etats-Unis (pour l’amidon de maïs), le Brésil (pour le sucre de canne ou l’huile de soja Soja Glycine max : légumineuse oléoprotéagineuse dont la composition nutritionnelle en matières azotées est l’une des plus riches et des plus complètes. ) ou encore l’Union européenne (pour l’huile de colza, le sucre de betterave ou l’amidon de blé) et l’Asie du Sud-Est (pour l’huile de palme). On constate d’ailleurs que certaines de ces filières ne sont rentables que parce qu’elles sont largement subventionnées.
(Voir aussi : Biocarburants : manger ou conduire...)


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Bilans énergétiques comparés des biocarburants
Crédit : © FAO, 2008. Tous droits réservés.


Les investisseurs financiers spéculent dorénavant sur le cours des denrées alimentaires, avec des répercussions considérables sur les populations les plus démunies, pour qui la nourriture reste le premier poste de dépenses.
D’autre part, un grand nombre de pays émergents (Chine, Inde, Etats du Golfe...) cherchent à étendre leurs surfaces agricoles en acquérant ou en louant sur le long terme des terres cultivables [3], dans les pays les moins avancés, à des fins d’exportation alimentaire ou énergétique. Cette pratique s’effectue souvent au détriment des surfaces forestières et de la consommation vivrière locale et remet en cause la souveraineté alimentaire des pays pauvres.

On s’oriente désormais vers la production de nouveaux biocarburants :

Ce sont les objectifs fixés par le Programme bioénergies 2010 de l’Agence nationale de la recherche, dans la suite du Programme national de recherche sur les bioénergies (PNRB) réalisé par l’Ademe ADEME Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie .

La Division FAO FAO Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Food and Agriculture Organization) de l’environnement, des changements climatiques et de la bioénergie Bioénergie Energie renouvelable issue de la biomasse d’origine végétale, animale ou microbienne, qu’elle soit brute (bois, huile végétale, déchets...) ou transformée (biogaz, bioéthanol, biodiesel...) mène quant à elle le projet BEFS (Bioenergy and Food Security Project / Projet bioénergies et sécurité alimentaire Sécurité alimentaire Disponibilité de produits alimentaires en quantité suffisante pour assurer l’approvisionnement d’une population et subvenir à ses besoins nutritionnels. ). [4]

Des experts de plusieurs organismes tels que l’IFPRI, la FAO ou le CEHAP ont préconisé que les implications agricoles et la sécurité alimentaire Sécurité alimentaire Disponibilité de produits alimentaires en quantité suffisante pour assurer l’approvisionnement d’une population et subvenir à ses besoins nutritionnels. soient expressément inscrites à l’ordre du jour des réunions internationales sur les modifications climatiques.



[1] Série de huit objectifs que les États membres de l’ONU réunis lors du Sommet du millénaire en 2000 ont convenu d’atteindre d’ici 2015.

[2] Principalement : dioxyde de carbone (CO2), méthane (CH4) et protoxyde d’azote (N2O).

[3] Ce phénomène, relativement récent, est désigné par : appropriation ou accaparement des terres (land grab(bing) en anglais).

[4] Remarque : le rendement de conversion de l’énergie solaire en biomasse étant tributaire de celui de la photosynthèse, l’utilisation de biocombustibles restera faible par rapport à la consommation énergétique totale, tout en nécessitant de larges superficies au détriment des autres usages du sol (alimentation, biodiversité…) et ce d’autant plus qu’ils seront exportés des pays en développement. Le rendement énergétique de la biomasse s’avère plus élevé pour la cogénération de chaleur et d’électricité que pour la production de carburant.


Sources


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