Bisphénols A et perturbateurs endocriniens au menu !

Publié le 8 février 2010, par Véronique Jeannon

La nourriture emballée dans des matières plastiques serait contaminée par des produits chimiques néfastes pour la santé. Une revue de la littérature scientifique, réalisée par une toxicologue suisse, Jane Muncke, fait le point sur la contamination des aliments par ces polluants appelés perturbateurs endocriniens, libérés par les emballages alimentaires en plastique.

Les perturbateurs endocriniens sont des molécules synthétiques ou naturelles qui, par leur analogie de structure avec les hormones, peuvent perturber le fonctionnement du système endocrinien et avoir ainsi des effets nocifs sur les êtres vivants et leur descendance. Ces molécules ont diverses origines :

La plupart des aliments que nous mangeons sont conditionnés dans des emballages en plastique. Les briques en carton et les conserves en métal en sont également recouvertes d’une fine couche en contact étroit avec les aliments.
Selon les propriétés physico-chimiques de ces plastiques, des aliments et des conditions de stockage (lumière, température, durée), il se produit des interactions chimiques entraînant une migration des composés du contenant vers le contenu.
L’auteur a recensé 50 composés potentiellement perturbateurs endocriniens pour lesquels le contact alimentaire est autorisé aux Etats-Unis et en Europe. Des études ont montré une libération de benzophénone dans les briques de lait, de jus de fruit et de vin, d’ ortho-phénylphénols à partir de canettes de bière et de bisphénols A et F dans les boîtes de conserve de poissons. Les aliments secs sont également affectés : une migration de triclofan provenant des emballages de farine et de riz a été démontrée.

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Bouteille d’eau
Crédit photo :shrff14. Certains droits réservés : Licence Creative Commons

Le nonylphénol aux propriétés œstrogéniques a été particulièrement bien étudié. Il est largement présent dans les aliments. On en a mesuré jusqu’à 78 ng/l dans l’eau minérale en bouteille, 1000 fois plus dans le lait entier UHT en brique (jusque 40 μg/kg). Il a été démontré que son taux de migration dans les aliments est bien corrélé à sa concentration initiale dans les emballages.

Quelles sont les conséquences sur la santé humaine ?
Les consommateurs sont exposés de façon chronique à un mélange de nombreux perturbateurs endocriniens, à faible concentration pour la plupart d’entre eux, mais ayant un effet similaire et donc cumulable. Si les preuves des effets à long terme sont difficiles à établir, de nombreuses études conduisent à penser que ces molécules influencent le développement de maladies chez l’adulte et agissent également sur le développement du fœtus car ces substances traversent la barrière placentaire.

Dans le cas du bisphénol A, mimétique des œstrogènes, des études récentes démontrent une toxicité à faible dose, mais qui, paradoxalement, n’est pas observée à des doses plus fortes. L’exposition chronique au bisphénol A durant le développement fœtal induit des lésions précancéreuses mammaires chez le rat, ovariennes chez la souris. Il est très présent dans les plastiques alimentaires utilisés pour la fabrication des biberons.

Des études montrent que l’augmentation de la fréquence de certaines maladies est parallèle à la production industrielle et à l’utilisation de produits chimiques de synthèse. On peut citer par exemple :

L’auteur de cette étude conclut que la réglementation actuelle tant aux Etats-Unis qu’en Europe, permet des niveaux de perturbateurs endocriniens trop élevés dans les emballages alimentaires, au regard des résultats scientifiques. Il y a suffisamment de preuves que ces molécules entraînent un risque pour la santé et l’environnement. Même à faible dose, l’exposition chronique aux perturbateurs endocriniens est toxique et cette toxicité augmente durant les périodes de développement sensibles des organismes et lors de l’exposition à des mélanges de molécules.

Où en est-on aujourd’hui ?
  • Le bulletin électronique de l’ambassade de France aux Etats-Unis rapporte, dans son édition du 29 janvier dernier, que la FDA FDA Food and Drug Administration. (Food and Drug Administration) qui a autorisé le bisphénol A comme additif alimentaire indirect depuis 1960, a revu le 15 janvier 2010 sa position sur cette substance quant à son innocuité, suite aux controverses qu’elle provoque. La FDA FDA Food and Drug Administration. envisage de réaliser des études supplémentaires sur le bisphénol A et de modifier les concentrations autorisées et ses conditions d’utilisation. Cette décision, si elle n’est pas approuvée par les industriels, satisfait le groupe de travail sur l’environnement (Environmental Working Group, EWG) qui a mis en évidence récemment la présence de bisphénol A dans le cordon ombilical de 9 nouveaux- nés sur 10.
    En ce qui concerne la France, une demande au ministère de la Santé pour interdire le bisphénol A a été réalisée par une délégation du Réseau Environnement Santé (RES RES Réseau Environnement Santé ) en juin 2009, sans succès. Le Sénat a déposé fin juillet 2009 une proposition de loi visant son interdiction dans les produits destinés à l’alimentation.
    En Europe, l’EFSA EFSA European Food Safety Authority (Autorité européenne de sécurité des aliments), qui collabore avec la FDA FDA Food and Drug Administration. , souhaite également réévaluer ses positions sur le bisphénol A.
  • Dans un communiqué du 5 février 2010, l’Afssa Afssa Agence française de sécurité sanitaire des aliments préconise le développement de nouvelles méthodes d’évaluation adaptées à la détection d’une toxicité potentielle du bisphénol A et plus largement des perturbateurs endocriniens et recommande d’acquérir des données françaises sur la présence de bisphénol A dans le lait maternel, chez le nourrisson et dans les laits maternisés.

Sources

  • MUNCKE, Jane, Exposure to endocrine disrupting compounds via the food chain : Is packaging a relevant source ? Science of the Total Environment, 2009, Vol 407, p4549–4559

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