Pesticides aux Antilles

Publié le 25 mars 2010, par Françoise Tisserand

L’utilisation de 1972 à 1993 dans les bananeraies antillaises, d’un polluant organique persistant, le chlordécone, a eu de graves conséquences sanitaires, environnementales, agricoles, économiques et sociales.

L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques a publié, en juin 2009, un rapport sur l’utilisation du chlordécone et des pesticides Pesticides Produits phytopharmaceutiques utilisés pour la prévention, le contrôle ou l’élimination d’organismes vivants nuisibles pour les végétaux ou pour la conservation des produits végétaux. aux Antilles. Après un rappel historique des faits, il dresse un bilan des actions et mesures prises, des études réalisées et émet un certain nombre de propositions.

Le rapport est principalement axé sur les problèmes liés au chlordécone. Il s’agit d’un insecticide de la famille chimique des organochlorés. Il a été longtemps utilisé en Martinique et en Guadeloupe pour lutter contre les charançons, ravageurs très préjudiciables aux bananiers. Cette substance a une grande stabilité physico-chimique, ce qui limite ses possibilités de dégradation. Elle diffuse lentement dans le milieu et est entrainée par les eaux de ruissellement avec pour conséquence une contamination des rivières et des eaux souterraines. Une modélisation, affinée récemment par des chercheurs de l’INRA INRA Institut national de la recherche agronomique et du CIRAD CIRAD Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement , montre que, sur les exploitations qui ont reçu un épandage continu de 1972 à 1993, la persistance du chlordécone est de 1 à 7 siècles suivant le type de sol.

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Bananier
Crédit photo : ElphHK. Certains droits réservés : licence Creative Commons

La molécule se retrouve ensuite dans les plantes cultivées sur des sols contaminés, en particulier dans les tubercules (igname, patate douce). Par ailleurs, cette substance a une forte capacité à s’accumuler le long de la chaîne alimentaire, notamment dans les milieux aquatiques.

Des effets toxiques (neurotoxicité, hépatotoxicité Hépatotoxicité Toxicité envers les cellules du foie , effets sur la spermatogenèse, néphrotoxicité Néphrotoxicité Propriété pour une substance d’entraîner des effets nocifs pour le rein. , effets cancérogènes possibles) ont été mis en évidence en milieu professionnel, sur des travailleurs exposés principalement par voie respiratoire et cutanée ou chez l’animal de laboratoire. Par ailleurs, plusieurs études épidémiologiques ont été réalisées ou sont actuellement menées, par exemple sur la fertilité masculine, sur les cancers susceptibles d’être liés à une exposition aux pesticides Pesticides Produits phytopharmaceutiques utilisés pour la prévention, le contrôle ou l’élimination d’organismes vivants nuisibles pour les végétaux ou pour la conservation des produits végétaux. organochlorés ainsi qu’une évaluation de l’exposition alimentaire.

En raison de sa persistance dans l’environnement et de sa toxicité, les produits à base de chlordécone ont été interdits en France en 1990, avec un délai d’utilisation de 2 ans. Une dérogation a été accordée aux Antilles jusqu’en septembre 1993 pour lutter contre une recrudescence des attaques de charançons suite au passage de 2 cyclones. Il faut noter que la production et la distribution du chlordécone ont été interdites aux Etats-Unis dès 1976.

Depuis 1999, les pouvoirs publics ont pris conscience du problème et ont édicté un ensemble de mesures. Mais ce n’est qu’en 2008, que le Plan d’action chlordécone en Martinique et en Guadeloupe 2008-2010, issu de la Direction générale de la santé et de la Coordination interministérielle chlordécone, a été mis en place afin de fédérer l’action de 7 ministères et de 15 organismes de recherche. Les objectifs du plan sont notamment d’améliorer la surveillance de l’état de santé de la population, de continuer à réduire l’exposition des individus au chlordécone, de proposer des mesures d’accompagnement en agriculture et d’assurer une alimentation saine.

Le rapport de l’Office parlementaire s’intéresse également à l’exposition des populations antillaises aux autres pesticides Pesticides Produits phytopharmaceutiques utilisés pour la prévention, le contrôle ou l’élimination d’organismes vivants nuisibles pour les végétaux ou pour la conservation des produits végétaux. , avec un point spécifique sur le paraquat, un herbicide hautement toxique et récemment interdit.

La question de l’adaptation de l’agriculture antillaise, en particulier la culture bananière, aux dispositions du Grenelle de l’environnement, visant à la réduction de l’emploi des pesticides Pesticides Produits phytopharmaceutiques utilisés pour la prévention, le contrôle ou l’élimination d’organismes vivants nuisibles pour les végétaux ou pour la conservation des produits végétaux. , est étudiée. Bien que marginale à l’échelle mondiale, l’économie bananière antillaise est très importante pour ces îles où elle représente 15 000 emplois. Ainsi, le plan « banane durable » est axé sur des pratiques culturales alternatives non chimiques et sur la sélection de bananiers résistants aux maladies.

Un fait inquiétant est par ailleurs mis en évidence : environ 300 tonnes de chlordécone ont été utilisées aux Antilles, mais 1 500 autres tonnes seraient « perdues » sur la planète. La molécule n’est plus produite depuis 1991 et, par conséquent n’est plus contrôlée. On pourrait donc être confronté à un problème environnemental d’échelle mondiale.

De nouvelles mesures et évolutions sont préconisées, notamment aller à la recherche du chlordécone « perdu » et poursuivre les recherches des zones d’épandage dans le monde, soutenir la recherche sur la dépollution des milieux naturels et sur le comportement environnemental du chlordécone, accentuer les encouragements au plan « banane durable » et soutenir les biotechnologies appliquées à la banane.


Sources


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