Que mangeait-on à l’époque de Ramsès II ?

Publié le 15 avril 2010, par Caroline Riberaigua

Petit récapitulatif sur l’alimentation des peuples de la Méditerranée orientale et du Proche-Orient à l’âge du bronze récent ...

Des tombes, du pain et de la bière

Les tombes de l’Égypte ancienne nous fournissent de multiples informations sur la vie quotidienne, les pratiques agricoles et l’alimentation. Dans certains cas, des offrandes alimentaires réelles, ou figurées, étaient disposées dans la tombe. La tombe de Kha, artisan à Deir el-Medineh Deir el-Medineh Village des artisans travaillant sur les tombes des pharaons de la Vallée des rois. Ces artisans appliquèrent également leur savoir-faire à leur propre tombeau. sous la XVIIIe dynastie égyptienne (vers 1400 av. J.-C.), contenait, par exemple, une multitude de pains aux formes variées, au moins trois amphores de vin, 14 jarres d’huile, de la farine, de la viande et du poisson séché, du sel, de l’ail, des oignons, du tamarin, des dattes, des raisins, des avocats, des fruits du genévrier et du cumin !

S’il est rare de pouvoir retrouver pour des époques aussi anciennes de tels vestiges alimentaires, des renseignements sont fournis par la représentation des offrandes assurant l’approvisionnement nécessaire au défunt. Ainsi, dès l’Ancien Empire (2700-2200 av. J.-C.), la stèle de la princesse Néfertiabet montre qu’elle emportait dans l’au-delà moult petits pains coniques, de la viande, mille canards et mille bières !

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Le Proche-Orient ancien entre 1500 et 1200 av. J.-C.
Crédit : Fr. Hervé PONSOT

Un menu méditerranéen sans tomates ni agrumes

Les recherches archéologiques et les sources historiques, documentant la partie orientale du bassin méditerranéen et le Proche-Orient ancien, semblent indiquer que les contemporains de Ramsès II vivaient dans un milieu où la nourriture était abondante.

Les espèces cultivées n’étaient cependant pas les mêmes qu’aujourd’hui. Dans le paysage méditerranéen de cette époque, au second millénaire avant notre ère, il n’y avait ni tomates ni agrumes, cultures aujourd’hui typiques du monde méditerranéen mais qui furent importées bien plus tard ! [1]

Les céréales, base de l’alimentation

Le grand nombre de pains découvert dans la tombe de Kha ou l’importance de la bière dans la culture égyptienne, et cela dès l’Ancien Empire comme en témoigne la stèle de Néfertiabet, indiquent que l’alimentation reposait essentiellement sur la culture de céréales, que ce soit en Égypte ou dans le reste du Proche-Orient contemporain. Les deux céréales les plus cultivées étaient l’orge et le blé, selon une agriculture généralement centralisée et gérée par l’état.

Culture et sécurité alimentaire Sécurité alimentaire Disponibilité de produits alimentaires en quantité suffisante pour assurer l’approvisionnement d’une population et subvenir à ses besoins nutritionnels.

Si l’alimentation en eau de cette culture était assurée en Égypte par les crues du Nil, en Mésopotamie Mésopotamie Région située entre les fleuves Tigre et Euphrate, au niveau de l’actuel Irak. , où le régime du Tigre et de l’Euphrate ne correspondait pas aux phases de croissance des plantes, des technologies d’irrigation durent être développées.

En principe, la production était destinée à l’approvisionnement local. Néanmoins, lors de la famine qui sévit dans l’empire Hittite, au cours du XIIIe siècle av. J.-C., le roi Hattusili III demanda l’aide alimentaire de l’Égypte et du Levant Levant Côte méditerranéenne de l’Asie comprenant une partie de la Syrie, le Liban, Israël et Chypre. qui chargèrent de grains de vastes navires pour alimenter l’Anatolie Anatolie Péninsule constituant la partie asiatique de l’actuelle Turquie. .

Des fruits et des légumes

Une alimentation à base de céréales n’étant pas intrinsèquement équilibrée, ce régime était complété par des légumes et des fruits. Leur culture étant moins centralisée, nous disposons de moins d’informations que pour la culture des céréales. Les chercheurs savent cependant que le palmier dattier était répandu en Égypte et en Mésopotamie Mésopotamie Région située entre les fleuves Tigre et Euphrate, au niveau de l’actuel Irak. et que les dattes étaient cuisinées de façon variée : fraîches, panées, séchées, cuites, marinées dans de la bière. Les légumes les plus consommés étaient les pois, les fèves et les lentilles. La laitue et le céleri étaient très populaires et le concombre commençait à être consommé. La vigne était développée sur le pourtour méditerranéen et dans les oasis d’Égypte mais la consommation de vin restait réservée à l’élite. L’olive était quant à elle cultivée pour son huile mais pouvait aussi être mangée nature. L’olivier poussait surtout en Grèce et au Levant Levant Côte méditerranéenne de l’Asie comprenant une partie de la Syrie, le Liban, Israël et Chypre. et il est probable que les olives consommées en Égypte soient issues de l’importation.

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Karnak, cour à portique de Thoutmosis IV, détail d’une scène, un boeuf gras et des offrandes carnées
Copyright : CNRS Photothèque / CHENE Antoine laboratoire : UPR1002 - MISSION PERMANENTE A KARNAK

Viandes de fête

Occupant une place privilégiée dans le menu des tombes, les aliments carnés, viandes, volailles et poissons, n’étaient de fait consommés régulièrement que par l’élite. Pour le reste de la population, ils étaient réservés aux grandes occasions. La graisse animale était aussi utilisée dans la cuisine.

Menu du peuple, menu de l’élite

On constate dès lors de fortes variations de l’alimentation en fonction du statut social, la nourriture occupant une place symbolique importante comme le souligne la thématique du banquet dans l’art. Si le commun du peuple avait une alimentation assez simple à base de céréales, de légumes et de fruits, les repas pouvaient être fort fastueux chez l’élite et les palais méditerranéens de la fin de l’âge du bronze se distinguent notamment par la taille de leur cuisine.
Le paroxysme de cet art du banquet peut être illustré par celui organisé par le roi assyrien Assurnazirpal II pour inaugurer sa nouvelle capitale. Selon les inscriptions royales, ses 69 574 invités se virent régaler de mets plus raffinés les uns que les autres pendant 10 jours. Au menu : du bœuf, du veau, de l’agneau, du daim, des canards, des oies, des pigeons, divers oiseaux, des poissons, des gerboises, des œufs, du pain, de la bière, du vin, du sésame, des légumes, des céréales, des grenades, du raisin, des oignons, de l’ail, du miel, du beurre clarifié, des graines, de la moutarde, du lait, du fromage, des noix, des dattes, des épices, des huiles, des olives...

Si elle semble avoir été suffisante, variée et équilibrée pour tous, l’alimentation de la Méditerranée à l’âge du bronze constituait dès lors un facteur de distinction sociale.


[1] La plupart des agrumes se développent primitivement dans le Sud-Est asiatique. Le citron et le cédrat sont implantés dans le bassin méditerranéen à l’époque romaine, alors que l’orange est importée par les voyageurs arabes au Moyen Âge. La tomate est encore plus tardive puisque, venant d’Amérique du sud, elle ne fut réellement implantée dans le vieux monde qu’à partir du XVIe siècle de notre ère.


Sources


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