La « faim » du monde pour un milliard de terriens

Publié le 23 avril 2010, par Dominique Vachez

Aujourd’hui, malgré la volonté affichée lors du Sommet du millénaire des Nations-Unies (2000), plus d’un milliard d’êtres humains, soit un sixième de l’humanité, ne mangent toujours pas à leur faim, et ce chiffre ne cesse d’augmenter depuis 1995 (année où la tendance à la baisse a commencé à s’inverser) [1].

Le Droit à l’alimentation (reconnu explicitement par le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels) n’est donc pas respecté et la situation globale ne va pas en s’améliorant.

Le Sommet mondial sur la sécurité alimentaire (2009) et l’Alliance internationale contre la faim ont cependant réaffirmé l’objectif d’éradiquer la faim (mais sans fixer de délai) tout en maintenant sa réduction de moitié à l’horizon 2015.

Comme l’indique le dernier rapport de l’IFPRI IFPRI Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (International Food Policy Research Institute) (Global Hunger Index 2009), ce phénomène de sous-alimentation Sous-alimentation Ration alimentaire insuffisante pour couvrir les besoins énergétiques. ou sous-nutrition planétaire, qui est à distinguer de la malnutrition Malnutrition Apport non équilibré de nutriments dans l’alimentation. , touche plus spécialement l’Afrique sub-saharienne et l’Asie du sud. Une trentaine de pays sont ainsi classés en situation alarmante ou extrêmement alarmante.

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Carte de la faim de la FAO
© FAO, 2010

L’indice de la faim dans le monde est publié annuellement par l’IFPRI IFPRI Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (International Food Policy Research Institute) depuis 2006. Son mode de calcul a été récemment réactualisé pour tenir compte des nouveaux paramètres sur les besoins énergétiques recommandés par la FAO FAO Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Food and Agriculture Organization) et l’OMS OMS Organisation mondiale de la santé depuis 2004.

Le concept de Global Hunger Index (GHI), ou indice de la faim dans le monde ou index global de la faim, permet d’estimer la gravité de l’insécurité alimentaire. Il repose sur 3 indicateurs (de même importance) et s’exprime sur une échelle de 0 à 100 :

La persistance de la faim dans le monde s’illustre particulièrement en Afrique au sud du Sahara qui reste le seul continent à avoir connu des famines importantes depuis le début de ce siècle.

L’indice 2009 se fonde sur les dernières statistiques disponibles de la période 2002-2007. Il ne prend donc pas en compte la détérioration consécutive à la crise financière et alimentaire qui a culminé en 2008, provoquant une hausse des cours mondiaux sur les denrées de base.

Par rapport à 1990, prise comme année de référence, on remarque une légère amélioration au niveau mondial (avec un GHI passant de 20 à 15), mais cela ne doit pas faire oublier que la situation s’est au contraire maintenue et même aggravée dans une douzaine de pays, quasi-exclusivement situés en Afrique sub-saharienne, où le GHI atteint 30 à 40.
La population mondiale s’étant accrue de plus d’un milliard d’habitants en 20 ans (et majoritairement dans les pays les plus pauvres), on comprendra que la sous-alimentation Sous-alimentation Ration alimentaire insuffisante pour couvrir les besoins énergétiques. augmente en valeur absolue et touche des individus de plus en plus jeunes (à l’exception de la Chine).


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© FAO 2009

L’IFPRI IFPRI Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (International Food Policy Research Institute) constate que dans les situations de sous-alimentation Sous-alimentation Ration alimentaire insuffisante pour couvrir les besoins énergétiques. , on rencontre la plus forte corrélation avec le niveau d’éducation de la composante féminine. On observe également que faute d’information nutritionnelle adéquate, les populations qui accèdent à des denrées en quantités suffisantes ont tendance à absorber des aliments hypercaloriques. Ce comportement entraîne des surcharges pondérales et/ou des désordres métaboliques.

Selon le Programme alimentaire mondial, la faim et la malnutrition Malnutrition Apport non équilibré de nutriments dans l’alimentation. demeurent les principales causes de la mortalité infantile, avant les maladies infectieuses dont elles augmentent encore la sévérité. Sous-nutrition et malnutrition Malnutrition Apport non équilibré de nutriments dans l’alimentation. étant souvent associées dans les pays en développement, leurs effets se conjuguent pour les populations vulnérables que sont les jeunes enfants ainsi que les femmes en âge de procréer.
L’insuffisance des apports nutritionnels détermine de fait l’état de santé et la sensibilité aux maladies, et peut avoir des conséquences irréversibles sur le développement physiologique.

Il est d’ailleurs révélateur que le thème central de la première conférence mondiale sur la recherche agricole pour le développement (GCARD), qui s’est tenue fin mars 2010 à Montpellier, visait à répondre au défi alimentaire et à la réduction de la pauvreté.


Sources


[1] On considère pourtant que la production alimentaire mondiale actuelle suffirait à nourrir 9 milliards d’habitants à raison d’une moyenne de 2100 calories (ou kcal)/personne/jour (enfant ou adulte). Le déficit constaté est donc surtout dépendant de l’accès à la terre pour les populations rurales, de l’insuffisance des revenus pour les populations urbaines et des infrastructures aptes à minimiser les pertes durant le stockage ou le transport des denrées entre régions excédentaires et déficitaires.

[2] Les besoins énergétiques alimentaires minimaux (BEAM) varient selon les pays car ils dépendent de la pyramide des âges. Ils s’établissent en moyenne (adultes et enfants) entre 1 700 et 1 900 kcal/personne/jour.

[3] On rappellera que les taux de mortalité infanto-juvénile (mortalité infantile (<1 an) + mortalité juvénile (1-5 ans)) sont inférieurs à 6 pour mille dans les pays développés.


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