Les Japonais digèrent mieux les sushis

Publié le 12 mai 2010, par Viviane Haguenauer

Des chercheurs français ont découvert que les Japonais possédaient, dans leur intestin, une enzyme capable de dégrader les algues entrant dans la composition des sushis.

Les algues marines contiennent des polysaccharides Polysaccharides Ensemble de macromolécules glucidiques formées par un grand nombre de sucres élémentaires (oses). sulfatés absents des végétaux terrestres. Ces polymères sont utilisés comme source de carbone par les bactéries marines qui produisent des enzymes spécifiques : les CAZymes (carbohydrate active enzymes). L’action de ces enzymes sur les polysaccharides Polysaccharides Ensemble de macromolécules glucidiques formées par un grand nombre de sucres élémentaires (oses). des algues marines comestibles, telles que celles du genre Porphyra (nori), Ulva (laitue de mer), ou Undaria (wakame), est peu connue.

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Sushis
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Les chercheurs caractérisent les premières porphyranases d’une bactérie marine, Zobellia galactanivorans. Ces enzymes sont actives sur les porphyranes, polysaccharides Polysaccharides Ensemble de macromolécules glucidiques formées par un grand nombre de sucres élémentaires (oses). sulfatés des algues rouges du genre Porphyra utilisées dans les sushis.

Les analyses des données du génome Génome Le génome est l’ensemble du matériel génétique d’un individu ou d’une espèce codé dans son ADN. et du métagénome Métagénome Le métagénome est l’ensemble des génomes de communautés entières de microorganismes ou d’organismes présents dans un milieu donné ou dans un écosystème complet. disponibles indiquent que les gènes des porphyranases sont rencontrés dans les bactéries d’origine marine, mais aussi de façon spécifique dans les bactéries intestinales des Japonais alors qu’ils semblent absents du microbiome Microbiome Le microbiome est l’aire de vie du microbiote. Le microbiote désigne ici les espèces autrefois groupées sous le terme « microflore », c’est-à-dire celles qui prédominent et/ou sont durablement adaptées à la surface et à l’intérieur d’un organisme vivant. des Nord-Américains.

Les porphyranases sont absentes des bactéries terrestres. Comment les gènes décrits ici ont-ils été acquis par les bactéries intestinales des Japonais ? Ce transfert semble relativement récent, comparé aux millions d’années nécessaires à l’évolution du microbiome Microbiome Le microbiome est l’aire de vie du microbiote. Le microbiote désigne ici les espèces autrefois groupées sous le terme « microflore », c’est-à-dire celles qui prédominent et/ou sont durablement adaptées à la surface et à l’intérieur d’un organisme vivant. intestinal des mammifères. Les algues marines sont omniprésentes dans l’alimentation japonaise. Elles sont probablement à l’origine du contact des microorganismes marins avec la microflore intestinale des Japonais. La seule source de porphyrane dans l’alimentation humaine est le Porphyra (nori). La consommation d’aliments contenant des bactéries propres à leur environnement est le mécanisme le plus plausible pour expliquer ce transfert de gènes entre bactéries d’origine marine et microflore intestinale.

Les algues occupent depuis des siècles une place importante dans la culture et l’alimentation quotidienne des Japonais. Celles du genre Porphyra sont utilisées traditionnellement pour la préparation des sushis. Ces algues, et les bactéries qui leur sont associées, ont permis le transfert de ces nouvelles enzymes dans les bactéries intestinales des Japonais leur permettant ainsi de mieux digérer les sushis.


Source

  • HEHEMANN, J-H., CORREC, G., BARBEYRON, T., et al. Transfer of carbohydrate-active enzymes from marine bacteria to Japanese gut microbiota. Nature, 2010, vol 464, n°8, p.908-912.

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