Médicament ou apéritif ? Les vins aromatisés de l’époque byzantine

Publié le 12 juillet 2010, par Caroline Riberaigua

A la toute fin de l’Antiquité, les Byzantins, qui dominaient l’est de la Méditerranée, concoctaient toute une gamme de vins aromatisés, notamment à des fins thérapeutiques. Un papyrus byzantin, datable du Ve ou du VIe siècle et conservé à Oxford (P. Ashmolean inv. 33), nous offre une liste étonnamment riche de ces boissons.

Ce document est une liste de provisions en deux parties, comprenant, d’une part, différents breuvages alcoolisés ou non ainsi que des sauces fermentées et d’autre part des aliments et des ustensiles de cuisine.

Parmi les boissons citées, on note du vin à la rose, du vin à la rose dilué, du vin à la myrte, du vin épicé, du vin doré de l’Attique Attique Région entourant la cité d’Athènes en Grèce. , du vin de pommes et du vin nature. Ces boissons sont accompagnées dans la liste de miel et de garum Garum Sauce confectionnée dans l’Antiquité romaine à l’aide de poissons macérés dans du sel. (sauce de poissons fermentés).

La plupart des boissons mentionnées dans le papyrus d’Oxford sont connues dans différents traités précisant leur préparation, notamment des traités de médecine.

JPEG - 205.2 ko
"Days of Wine and Roses"
Crédit photo : Thomas Hawk. Certains droits réservés Licence Creative Commons

On trouve dans la littérature grecque et latine différentes recettes du vin à la rose, nommé rhosaton en grec et rhosatum en latin. Il s’agit d’une préparation dans laquelle des pétales de rose longuement fermentés étaient mêlés à du vin et du miel. La boisson sucrée ainsi constituée, parfois consommée en début de repas à des fins apéritives, est supposée purger le « phlegme » et guérir la mélancolie et l’anxiété selon Aétius Aétius Auteur médical byzantin de langue grecque. . Selon Galien Galien Médecin grec de l’Antiquité, considéré comme un des pères de la pharmacie. , sa consommation est recommandée contre la toux, la sensation de confinement et les douleurs de poitrine.

Le vin de myrte, appelé myrsinaton en grec, et myrtites en latin, est une préparation thérapeutique, utilisée essentiellement en usage externe. Elle mêle selon différentes proportions en fonction des recettes du monoxyde de plomb, de la cire et de l’huile de myrte, dilués dans du vin. Cette préparation est utilisée comme cataplasme contre les maux de tête et les inflammations ophtalmiques et comme cicatrisant.

Sous le nom de Konditon/conditum, on trouve un vin aux épices, sans doute un lointain ancêtre des vins chauds que nous consommons en hiver. Cité dans de nombreux traités de médecine, on le prépare avec du vin de haute qualité, du miel et du poivre et différentes épices et plantes (saxifrage Saxifrage Plante herbacée vivace de la famille des Saxifragacées aux fleurs de forme étoilée. , valériane, nard Nard Plante herbacée de famille des Nardostachys, d’origine orientale, utilisée dans l’Antiquité dans la confection de parfums. , gingembre, gingembre sauvage, cannelle, etc.)

Le Khrysattikon, ou vin doré, surnommé « Or de l’Attique Attique Région entourant la cité d’Athènes en Grèce.  », est un vin de luxe recommandé dans différents traitements thérapeutiques. Oribase Oribase Médecin grec du IVe siècle. le préconise contre l’ulcération de la vessie et les calculs rénaux. Paul d’Egine le mentionne dans le traitement de la jaunisse tandis que Alexandre de Tralles Alexandre de Tralles Médecin grec du VIe siècle. le conseille comme purge et comme traitement contre la toux et le diabète.

L’hydrorosaton est une préparation à base d’eau de pluie, de pétales de rose et de miel. On l’utilise comme astringent et pour guérir les maladies de l’estomac.

Le vin de pommes (Apo Mélon Oinos) est un alcool à base de pommes (ou de coings). Il est utilisé contre la dysenterie et dans les cas de maladies du foie ou des reins.

Le garum Garum Sauce confectionnée dans l’Antiquité romaine à l’aide de poissons macérés dans du sel. , sauce préparée à base de poissons fermentés, est à la fois une préparation gastronomique et thérapeutique puisqu’elle est recommandée en cas d’ulcère dans les traités médicaux anciens.

Outre leur aspect thérapeutique, les éléments de cette liste se distinguent par leur luxe puisqu’il s’agit à cette époque de boissons relativement onéreuses. La plupart étaient préparées avec de l’« Or de l’Attique Attique Région entourant la cité d’Athènes en Grèce.  », vin de grande qualité qui n’était dépassé en prix que par les vins italiens.

La provenance du manuscrit est inconnue. Il est possible qu’il s’agisse de la liste d’un apothicaire ou d’un médecin. Néanmoins, il faut noter que, en dehors du myrsinaton à usage exclusivement thérapeutique, les autres boissons étaient également consommées par les classes supérieures à des fins récréatives.


Source

  • MARAVELA-SOLBAKK, Anastasia. Byzantine Inventory List of Food Provisions and Ustensils on an Ashmolean Papyrus. Zeitschrift für Papyrologie une Epigraphic, 2009, Vol. 170, p127-146.

Dans la même rubrique :